Cauchemar pour les uns, opportunité pour d’autres, incroyable espoir pour les visionnaires, la fausse teigne est un insecte qui interpelle tous ceux qui s’intéressent à son évolution et à sa parfaite adaptation à la ruche et à son superorganisme. Il y a donc trois façons de voir la fausse teigne : l’apiculteur redoute les ravages occasionnés dans ses ruches ; l’entomologiste est émerveillé par le rôle de fossoyeur joué par l’insecte ; les chercheurs se penchent sur sa faculté très écologique de digérer le si polluant plastique. Qu’est donc que ce curieux papillon ?
Les cycles de développement de Varroa destructor et de l’abeille sont intimement liés. Depuis l’apparition du varroa en Europe au début des années 80, de nombreux type de traitement chimique ont été préconisés et employés pour le traitement de la varroase. Les résidus chimiques de synthèse et des molécules persistantes, se sont retrouvées dans la cire d’abeille contribuant au fil des années à la sélection des varroas résistants. Ainsi il est possible de gérer les populations de varroas en intervenant sur le cycle de l’abeille. L’encagement de la reine pour obtenir une colonie sans couvain est un exemple de méthode biomécanique intéressante pour gérer la varroose.
(Par Jean Riondet)
La question du nourrissement est récurrente, au printemps pour stimuler les colonies et disposer de fortes populations aux moment des premières miellées, puis en cours de saison dans les moments creux, enfin pour assurer les réserves d’hiver.
Toute décision de nourrir ses colonies doit être réfléchie en tenant compte de la saison, avoir un but précis et les ingrédients doivent être bien choisis pour répondre correctement aux questions : quand ?, pourquoi ?, comment ?
La création de variétés d'hybrides F1 nécessite un important travail de sélection préalable de lignées pures dans des populations différentes, puis des tests de croisements de ces lignées pures. Pour bénéficier d'un effet d'hétérosis (voir plus bas) maximum, il faut que ces lignées soient très différentes (en croisant des pools génétiques différents, comme des origines géographiques autrefois isolées), en outre il faut pouvoir y introduire les caractères recherchés, donc disposer de ce que les généticiens appellent un « réservoir de variabilité ».
La visite d’une ruche se prépare à l’avance pour ne rien oublier et gagner en efficacité. Une visite, même brève, dérange la colonie qui la vit comme une intrusion et le stress engendré amènent les abeilles à consommer entre 0.5 et 1 kg de miel. La visite ne sera donc effectuée qu’en cas de nécessité. Ces quelques conseils rendent les visites plus efficaces :
Les paquets d’abeilles, tous semblables, mais tous différents par leur composition et leur utilisation.
La confection des paquets d’abeilles n’est pas une pratique habituelle en apiculture, car cette pratique demande un savoir-faire qui est rarement enseigné en rucherécole. Sur le net, beaucoup de vidéos ne donnent pas toutes les informations qui entourent cette technique, ce qui fait que lors de la mise en pratique par les apiculteurs, les résultats sont très souvent infructueux.
Bien que peu nombreuses, des colonies d’abeilles A. mellifera mellifera sauvages ou férales existent bel et bien dans la nature et résistent au varroa du fait de leur petite taille, de leur tendance à l’essaimage de la faible densité de l’habitat et probablement par la sélection naturelle. Les études prouvent également que ces souches d’abeilles noires sont pures, sans hybridation. En conséquence, les chercheurs plaident pour que soit développée une politique de conservation de ces populations d’abeilles, parce qu’elles constituent une espèce sauvage probablement en régression, mais aussi un réservoir génétique intéressant d’un point de vue apicole.
Le comportement individuel de l’abeille mellifère s’inscrit dans la gestion globale du superorganisme qu’est la colonie. L’activité, au plus profond du nid à couvain, est enfin découverte grâce au travail d’une équipe de chercheurs qui a mis au point une technologie d’enregistrement numérique de vidéos surprenantes. L’intimité de la colonie est révélée jusqu’au fond des alvéoles : la ponte, l’éclosion des larves, l’élevage du couvain ouvert, le stockage de la nourriture apparaissent dans de courtes vidéos permettant de visualiser des comportements jusqu’ici insoupçonnés.
Trop souvent le tiroir ne sert qu’à repérer la présence plus ou moins abondante de chutes naturelles de varroas morts. Pourtant le tiroir est le miroir de la vie de la colonie juste au-dessus… Si l’apiculteur se donne la peine de l’examiner régulièrement, les éléments, déchets, débris et autres résidus observés livrent de précieuses informations sur la dynamique et la santé des colonies. L’examen du tiroir doit toujours être corrélé avec le calendrier apicole : l'interprétation d'un tiroir examiné en été sera très différent du même tiroir ouvert à Noël.
Ceux qui ont déjà utilisé l'excuse que "faire le ménage n'est pas dans mon ADN" pour tenter d'échapper à cette corvée n'avaient peut-être pas tout faux. En effet, chez les abeilles domestiques du moins, certains laisser-aller sur le plan de l'hygiène de la ruche seraient liés à la surexpression de gènes qui nuirait à la détection des odeurs dégagées par les larves malades ou mortes.
Une colonie d’abeilles a besoin de tranquillité tout au long de la saison apicole et probablement encore plus pendant les mois d’hiver. Si l’apiculteur, trop curieux, ouvre sa ruche à tort et à travers, la colonie constamment dérangée finit par être stressée et le comportement de ce superorganisme se modifie, augmente sa consommation de carburant, brûle les réserves de son précieux corps gras, inhibe ses défenses immunitaires contre le varroa et les virus véhiculés, freine le développement de la population d’ouvrières et du couvain et finit par s’effondrer dans une spirale infernale (► Cascade infernale : Chronique d’une mort annoncée).
La survie hivernale des colonies est un thème qui divise les apiculteurs par ses contradictions, ses préjugés, ses hypothèses, ses partis pris… L’apiculteur chevronné se fiera à son expérience et suivra de près les variations météo de novembre à mars pour estimer la date de la reprise de la ponte royale et le volume du couvain à chauffer. Mais l’apiculteur débutant est contraint d’écouter les questionnements des Collègues inquiets : faut-il nourrir ou non en hiver ?
En Suisse, l'apiculture fait partie des loisirs. Aujourd'hui, 17'500 apiculteurs prennent soin d'environ 188'00 colonies, en moyenne 11 colonies par personne. En Allemagne, une exploitation avec plus de 30 colonies est considérée comme exploitation de loisir, l'apiculteur professionnel prend soin de plus de 300 colonies.
Ce que les apiculteurs et apicultrices devraient savoir sur l’exposition, les réactions immunitaires et la protection
Chez les apiculteurs et apicultrices, les piqûres d’abeilles constituent une exposition professionnelle fréquente, souvent banalisée, et traditionnellement associée à l’idée d’une tolérance acquise par les récidives d’exposition. Cette représentation largement répandue repose sur des observations empiriques réelles, mais elle ne correspond que partiellement à la réalité clinique et immunologique documentée.
Par Claude Pfefferlé et Serge Imboden
Longtemps considérée comme un modèle d’activité ininterrompue, l’abeille domestique ne cesse pourtant pas de surprendre les chercheurs. Des études récentes ont révélé qu’elle dort, et que ce sommeil joue un rôle essentiel dans la régulation de sa mémoire, de sa physiologie et de la cohésion du groupe. Comprendre comment et pourquoi les abeilles dorment, c’est ouvrir une fenêtre sur la santé de la ruche — et sur l’équilibre même du vivant.
L’isolation des ruches durant l’hiver suscite depuis longtemps un débat au sein de la communauté apicole. Alors que certaines études soulignent ses effets bénéfiques sur la réduction de la consommation énergétique et la survie des colonies (St. Clair et al., 2022 ; Alburaki & Corona, 2021), d’autres mettent en évidence ses limites et ses effets secondaires potentiels, notamment lorsqu’elle perturbe les mécanismes naturels de thermorégulation du superorganisme (Mitchell, 2023 ; Minaud et al., 2024).
Les abeilles sont des animaux étonnants. Le saviez-vous, qu'elles existent depuis plus de 65 mio. d'année (= 260 x plus long que les humains) et qu'elle sont les seuls insectes au monde qui produisent un aliment consommé, sans transformation, par l’homme.
Certains acaricides utilisés en lutte alternative contre Varroa comme par exemple l'acide formique ou les huiles essentielles ne présentent pas toujours une efficacité suffisante. Nous préconisons comme mesures complémentaires le retrait du couvain de mâles ou la formation de jeunes colonies au printemps. Ces interventions visent à freiner le développement des populations de Varroa et à diminuer ainsi la pression d’infestation. Elles ont l’avantage de pouvoir être réalisées durant la pleine saison apicole alors que le recourt à la chimiothérapie présenterait d’importants risques de contamination des récoltes de miel.
En mars, le rucher reprend vie : la reine intensifie progressivement sa ponte, les butineuses sortent dès que la température le permet, et la consommation de nourriture augmente pour accompagner le développement du couvain. C’est une période charnière où l’apiculteur doit observer chaque colonie avec calme, car un manque de ressources ou une maladie non détectée peut compromettre la reprise après l’hiver.
Février est un mois charnière pour la colonie. La durée du jour augmente et la reine reprend progressivement sa ponte. Cette reprise reste fragile : les réserves peuvent devenir critiques, les températures sont instables et toute ouverture prolongée peut refroidir le couvain. L’apiculteur agit surtout par observation, anticipation et préparation, en limitant les interventions.
Janvier correspond généralement au cœur de l’hivernage en Suisse. La colonie vit au ralenti en grappe : elle maintient une température interne suffisante pour protéger la reine, et, si du couvain est présent (cas variable selon altitude/climat), la zone centrale est chauffée davantage. La consommation de miel reste modérée mais continue. Les risques typiques du mois sont la famine « silencieuse » (réserves insuffisantes ou inaccessibles), l’humidité et les dérangements. L’apiculteur agit donc surtout par observation externe, sécurisation ciblée des réserves, hygiène et préparation du matériel, en évitant toute intervention. La parole d'ordre est : « Ne pas déranger ! »