Préserver le capital de vie des abeilles
Nos ruches souffrent durement de mortalités hivernales. Elles ne sont sans doute pas à imputer toutes aux pratiques apicoles, loin s’en faut ; mais dans un tel contexte, la seule chose que l’éleveur puisse faire, c’est mettre tout en œuvre pour que ses colonies aient, dès le début du printemps, la vigueur nécessaire à la reprise en force de l’élevage. L’époque où l’abeille s’élevait quasiment toute seule est révolue et nous ignorons si elle ne reviendra jamais : il nous faut affiner nos pratiques pour mettre toutes les chances du côté des colonies. C’est donc toute l’économie de la ruche qu’il nous faut considérer, et cela dès le début du mois de juillet.
Préserver le capital de vie des abeilles d’hiver : varroa, nourrissement et stabilité thermique
La vigueur printanière d’une colonie dépend avant tout de la longévité des abeilles d’hiver. Au-delà du nombre d’ouvrières présentes à l’automne, c’est leur espérance de vie qui conditionne la superposition des générations au printemps. Si l’on considère une durée de vie de 160 jours à partir de la mi-septembre, la majorité des abeilles d’hiver disparaît avant la reprise effective de la ponte, compromettant la dynamique de la colonie. En revanche, une longévité d’environ 210 jours permet aux abeilles d’hiver d’être encore présentes mi-avril, assurant la transition vers les nouvelles générations.
Les abeilles d’hiver possèdent une physiologie spécifique. Elles présentent des corps gras développés, des réserves protéiques élevées – notamment en vitellogénine – et un taux plus faible d’hormone juvénile, facteurs favorisant leur longévité. L’élevage du couvain consomme ces réserves et modifie la physiologie des ouvrières. La présence tardive de couvain à l’automne, ainsi que la stimulation excessive de la ponte, réduisent l’espérance de vie des abeilles destinées à hiverner.
La période critique se situe entre le 15 juillet et le 15 septembre. Dès la mi-juillet, la lutte contre la varroase doit être engagée de manière rigoureuse, car ce sont les nourrices de cette période qui élèveront les abeilles d’hiver. Un traitement tardif compromet la qualité physiologique de ces dernières. La gestion du nourrissement doit également être précise et progressive : stimuler la colonie en été, puis réduire progressivement la ponte à partir de la mi-septembre afin d’éviter l’épuisement des futures abeilles d’hiver.
Une colonie forte doit disposer de réserves totales de l’ordre de 25 à 30 kg pour passer l’hiver. La gestion de l’espace de ponte est essentielle : encore suffisamment large en août pour un dernier cycle complet, puis restreint après le 15 septembre afin d’éviter une production excessive de couvain tardif.
Enfin, la limitation des perturbations hivernales est déterminante. La grappe fonctionne selon un principe d’économie d’énergie. Une ventilation adaptée, permettant l’évacuation de l’humidité et du dioxyde de carbone, est indispensable, tandis que l’isolation devient cruciale en présence de couvain. Des visites régulières mais discrètes permettent de surveiller l’état de la colonie sans compromettre son équilibre thermique.
En conclusion, la réussite de l’hivernage se prépare en été. Une lutte précoce contre le varroa, un nourrissement raisonné et une gestion fine de la ponte permettent aux abeilles d’hiver d’atteindre une longévité d’environ 210 jours, condition indispensable à la vigueur des colonies au printemps.
Voir aussi :
- Réussir l'hivernage
- L'hivernage chez l'abeille domestique : Une phase très particulière de son cycle biologique
- La grappe hivernale
- La vitellogénine et les clés de la colonie
- Varroa : La rupture de couvain
- Principes du nourrissement des abeilles
Source: abeilles & cie 3-2010 n°136; http://www.cari.be


