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Nourrir les abeilles en protéines : utile ou surestimé ?

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Lorsqu’une colonie paraît peu dynamique, il peut être tentant de recourir à une pâte protéinée ou à une recette maison. Pourtant, le pollen naturel ne se réduit pas à un simple apport de protéines, et les études scientifiques ne soutient pas une utilisation routinière de ces compléments. En Suisse, Agroscope résume cette prudence ainsi : la nourriture complémentaire protéinée pour abeilles ne présente que rarement des avantages, mais souvent des inconvénients.

1. Pourquoi cette question revient régulièrement au rucher


Objectif
Poser la question centrale avec précision : non pas si les abeilles ont besoin de protéines — elles en ont évidemment besoin — mais si une complémentation protéinée apporte réellement un bénéfice net dans les conditions ordinaires de l'apiculture suisse.

Chaque printemps, et plus largement dès qu'une colonie paraît peu dynamique, la question du nourrissement protéiné revient dans les discussions apicoles. Elle surgit surtout lorsque la météo limite les vols, lorsque l'offre pollinique semble faible, lorsque des jeunes colonies peinent à se développer ou, plus simplement, lorsque l'on craint un manque de pollen. Dans ce contexte, pâtes protéinées, substituts du commerce et recettes maison sont souvent présentés comme des moyens de « soutenir » les colonies.

Le pollen est effectivement indispensable à l'élevage du couvain, à la physiologie des jeunes ouvrières, au métabolisme, à la digestion et à plusieurs dimensions de la défense de l'organisme (Keller et al., 2005a, 2005b ; Ritter & Kast, 2021). Dans le contexte suisse, la plupart des emplacements fournissent normalement un pollen en quantité suffisante et de qualité convenable, même si cette situation varie selon la région, la saison, la météo, la flore disponible et la densité locale des colonies. La colonie régule en outre finement sa récolte selon l'état du couvain et ses besoins internes, avec une capacité de compensation en une quinzaine de jours lors de variations importantes des réserves (Seeley, 1997, cité dans Ritter & Kast, 2021).

Un développement jugé insuffisant ne signifie donc pas automatiquement qu'un apport protéiné est indiqué. La météo, la qualité de la reine, l'état sanitaire, la pression parasitaire, une rupture de miellée ou la dynamique saisonnière peuvent produire des effets similaires. Même lorsqu'une ressource pollinique devient objectivement limitante, une pâte protéinée ou une recette maison ne reproduit pas nécessairement la valeur biologique du pollen naturel. Les essais de Di Pasquale et al. (2013) montrent que les effets du pollen sur la survie, les glandes nourrices et certains paramètres de résistance aux maladies dépendent de sa qualité, et non de sa seule teneur brute en protéines. Une revue de la littérature récente conclut par ailleurs que les effets des substituts de pollen restent très variables selon les formulations, les conditions de milieu et les objectifs recherchés, et que l'alimentation pollinique naturelle demeure la référence nutritionnelle des colonies (Noordyke & Ellis, 2021).

Des données récoltées dans deux ruchers suisses illustrent la richesse naturelle d'un bon emplacement. À Allschwil (BL, 290 m), une étude sur plusieurs années a identifié 134 espèces polliniques différentes, dont 25 représentant chacune plus de 1 % des apports sur une saison. À Vogorno (TI, 600 m), 74 espèces ont été recensées. Cette diversité rappelle que la richesse nutritionnelle d'un bon emplacement ne se laisse pas reproduire de façon réaliste par une pâte protéinée (Roncoroni, 2020, cité dans Guichard et al.).

2. De quoi parle-t-on exactement ?

Objectif
Distinguer les différentes réalités que la pratique apicole confond souvent : pollen naturel, cadre de pollen, pollen récolté, substituts commerciaux et recettes maison ne relèvent ni de la même logique biologique, ni des mêmes risques.

Le pollen naturel constitue la ressource de référence. Il est récolté sur les fleurs, rapporté sous forme de pelotes, consommé rapidement ou stocké. Environ les deux tiers du pollen sont consommés frais pendant la saison d'élevage du couvain, le reste étant tassé dans les cellules, mélangé à du nectar ou du miellat et conservé sous forme de pain d'abeille. Les butineuses n'évaluent pas simplement la présence ou l'absence de pollen, mais obtiennent l'information sur les besoins de la colonie via une régulation sociale par rétroaction inhibitrice (Camazine, 1993).

Le cadre de pollen constitue un cas particulier : il s'agit d'un transfert ciblé de pollen naturel déjà stocké, non d'un substitut artificiel. Dans certaines situations limitées — essaims artificiels formés tardivement face à une pénurie pollinique — Ritter et Kast (2021) considèrent qu'un cadre de pollen provenant d'une colonie saine, si possible de la colonie mère, peut présenter plus d'avantages que les risques liés aux agents pathogènes qui y adhèrent. Ce type de transfert ne pose pas la même question qu'une pâte ou un substitut formulé.

Le pollen récolté ou acheté soulève une question sanitaire distincte. Sur le plan nutritionnel, il reste du pollen ; sur le plan sanitaire, il peut devenir un vecteur d'agents pathogènes lorsqu'il provient d'autres colonies — notamment pour la loque européenne, la loque américaine, le couvain calcifié ou certains virus (Imdorf et al., 1984, cité dans Ritter & Kast, 2021).

Les substituts commerciaux et les recettes maison constituent une catégorie différente : leur logique est d'apporter un appoint formulé à partir d'ingrédients choisis pour leur richesse apparente en protéines. C'est là qu'apparaît la confusion pratique principale. Une pâte peut contenir beaucoup de protéines brutes sans reproduire la valeur biologique du pollen naturel, dont les lipides, les minéraux et d'autres nutriments sont aussi importants que les protéines (Keller et al., 2005a, 2005b). Enfin, un produit « efficace » doit être évalué sur la durée : développement du couvain, population adulte, longévité, état physiologique des nourrices, résistance aux pathogènes — pas sur une observation ponctuelle (Di Pasquale et al., 2013 ; Ritter & Kast, 2021).

3. Pourquoi le pollen naturel est difficile à remplacer


Molécule d'acide aminé en 3D

Objectif
Montrer que la valeur biologique du pollen ne se réduit pas aux protéines brutes : l'équilibre des acides aminés essentiels, les lipides, les stérols et la manière dont il est digéré font du pollen naturel une ressource que les substituts ne reproduisent que rarement.

Le pollen naturel n'est pas une simple matière première protéique. Sa valeur biologique dépend de l'équilibre des acides aminés essentiels, des lipides, des stérols et de la manière dont il est digéré et redistribué dans la colonie — un ensemble que les substituts et recettes maison ne reproduisent que rarement (Keller et al., 2005a ; Ritter & Kast, 2021).

L'équilibre entre les acides aminés ne se réduit pas à la seule teneur en protéines. Le cas du pissenlit illustre ce point : pauvre en protéines, ce pollen est riche en lipides, ce qui favorise le développement du corps gras, important pour le métabolisme et la défense de l'organisme (Ritter & Kast, 2021). Des travaux récents montrent en outre que la performance des colonies dépend davantage de l'équilibre des acides aminés essentiels que du seul pourcentage de protéines brutes : dans un essai sur 144 colonies, les déficits en acides aminés essentiels expliquaient mieux le poids moyen des abeilles et la taille des colonies que les macronutriments (Ricigliano et al., 2022). Hoover et al. (2022) ont observé que la lysine et l'arginine restaient sous les proportions optimales dans presque toutes les pâtes commerciales testées. Un aliment peut donc être « riche en protéines » et rester nutritionnellement imparfait pour la colonie.

Les lipides et les stérols jouent un rôle propre. Des essais expérimentaux ont montré que la teneur en lipides des régimes polliniques influence la longévité des abeilles (Manning et al., 2007). Les abeilles ne synthétisent pas elles-mêmes leurs stérols et les obtiennent à partir du pollen végétal dans les conditions naturelles. Une étude publiée dans Nature a dû recourir à une levure génétiquement modifiée pour fournir des stérols polliniques rares mais essentiels dans une diète artificielle capable de soutenir l'élevage du couvain en absence de pollen floral (Moore et al., 2025). Le message n'est pas qu'aucun remplacement n'est possible en principe, mais qu'un remplacement crédible exige une précision de formulation très éloignée de la logique des recettes maison.

La digestion du pollen ajoute encore un niveau de complexité. Le grain de pollen est entouré d'une double enveloppe pratiquement indigeste ; les nutriments ne sont extraits qu'au travers des pores de germination après un passage par le jabot, le proventricule et l'intestin. Les nourrices sont spécialisées dans cette digestion, et l'efficacité digestive diminue avec l'âge (Ritter & Kast, 2021). Des travaux récents confirment que la forme sous laquelle les nutriments sont apportés compte autant que leur composition : des régimes riches en acides aminés libres ont été associés à des niveaux élevés de DWV et à une mortalité accrue, alors que des régimes à protéines intactes donnaient de meilleurs résultats virologiques (Tapia-Rivera et al., 2025).

4. Ce que montre les études scientifiques sur la complémentation protéinée

Objectif
Présenter un bilan honnête des études scientifiques : des effets tantôt positifs, tantôt neutres, tantôt négatifs selon les conditions, sans base solide pour une recommandation générale de la complémentation protéinée.

Les études scientifiques examinée ne justifie pas une recommandation générale de la complémentation protéinée. Les effets des substituts de pollen apparaissent tantôt positifs, tantôt neutres, tantôt négatifs selon les formulations, les conditions de milieu et les critères mesurés (Noordyke & Ellis, 2021 ; Ritter & Kast, 2021). En bonnes conditions polliniques, l'effet d'un apport protéiné paraît souvent faible ou absent ; en conditions défavorables, un effet positif peut se discuter (Guichard et al.). Il n'existe donc pas de base solide pour considérer la complémentation protéinée comme une mesure de routine.

Des situations particulières existent néanmoins. Hoover et al. (2022) ont observé qu'un nourrissement protéiné de printemps pouvait augmenter la population des colonies avant une pollinisation estivale, surtout dans un rucher où le pollen naturel était peu abondant ; en présence d'un pollen naturel abondant, les différences entre traitements devenaient nettement moins marquées. Ritter et Kast (2021) signalent explicitement le cas des essaims artificiels formés tardivement, notamment lorsque l'offre pollinique est réduite ou dominée par du pollen pauvre en protéines comme celui du maïs.

D'autres essais n'ont pas mis en évidence de bénéfice net. Mortensen et al. (2019), sur 75 colonies réparties entre plusieurs traitements, n'ont trouvé ni différences sur la force des colonies ni sur l'intensité de l'infection par Nosema entre colonies supplémentées et témoins. DeGrandi-Hoffman et al. (2016) ont montré que des colonies disposant d'apports naturels présentaient des charges pathogènes plus faibles — black queen cell virus, Nosema, pertes de reines — et une meilleure survie hivernale que des colonies recevant des suppléments protéinés ; les nourrices digéraient en outre moins bien les protéines des suppléments que celles du pollen naturel.

La prudence d'Agroscope repose sur plusieurs inconvénients concrets et bien identifiables. Le pollen d'origine étrangère peut transmettre des agents pathogènes — loque européenne, loque américaine, couvain calcifié, virus (Imdorf et al., 1984, cité dans Ritter & Kast, 2021). L'administration de nourriture protéinée réduit l'activité naturelle de collecte du pollen. Un apport au printemps peut modifier les équilibres nutritionnels de manière indésirable et favoriser éventuellement le noséma (Ritter & Kast, 2021). Enfin, pour être réellement efficace, la complémentation devrait être administrée pendant la saison de production du couvain, ce qui coïncide souvent avec la miellée — avec un risque élevé d'altération du miel.

Un apport protéiné peut donc avoir un intérêt dans des cas spécifiques et bien identifiés. En conditions ordinaires, ses avantages restent souvent limités, incertains ou fortement contextuels, tandis que les inconvénients sanitaires, comportementaux et technologiques sont bien réels. La complémentation protéinée relève d'une logique d'exception, non d'une réponse standard.

5. Pourquoi les recettes maison posent un problème scientifique

Objectif
Identifier les trois problèmes fondamentaux des recettes maison : nutritionnel, fonctionnel et de validation — dont un résultat de terrain suisse qui contredit une idée reçue largement répandue.

Les recettes maison reposent sur une idée intuitive mais trop simple : apporter un mélange riche en protéines — levure, farine de soja, lait en poudre — suffirait à compenser un manque de pollen. Trois problèmes fondamentaux infirment cette logique.

Le premier est nutritionnel. La valeur biologique du pollen ne se réduit pas aux protéines brutes : l'équilibre des acides aminés essentiels, les lipides et les stérols jouent un rôle propre que les ingrédients courants des recettes maison ne reproduisent pas. Aucun simple ajustement de dosage avec de la levure ou du soja ne permet, à lui seul, de reproduire le profil nutritionnel du pollen végétal. Un aliment peut donc être « riche en protéines » et rester biologiquement incomplet pour la colonie.

Le deuxième est fonctionnel. Pour qu'un nourrissement protéiné soit utile à l'élevage des larves, il faut qu'il soit consommé par les nourrices. Or Agroscope indique qu'on soupçonne que ce sont surtout les butineuses qui en consomment en grande quantité. Par ailleurs, l'ajout de seulement 10 % de pollen naturel dans un substitut améliorait déjà significativement la digestion, la taille des glandes hypopharyngiennes et certains paramètres sanitaires par rapport à un substitut seul (Watkins de Jong et al., 2019). Les régimes à acides aminés libres peuvent s'accompagner de niveaux élevés de DWV et d'une mortalité accrue (Tapia-Rivera et al., 2025).

Le troisième est un problème de validation — et d'une idée reçue qu'un essai de terrain suisse a permis de corriger. Il est souvent dit que les abeilles ne prennent que la quantité de pâte dont elles ont besoin et ne la stockent pas dans les cadres. Une étude menée par Agroscope dans deux ruchers (Witzwil, BE et Bellechasse, FR) a démontré le contraire : la pâte de nourrissement est bel et bien stockée dans la colonie, et lorsque le corps de ruche est plein, les abeilles la déplacent dans les cadres de miel. Des levures de boulanger (Saccharomyces cerevisiae) ont ainsi été retrouvées dans le miel de printemps deux semaines seulement après le dernier nourrissement en avril, et encore dans le miel d'été récolté en août. Les colonies témoins, non nourries, n'en contenaient aucune. La présence de levures de boulanger dans le miel constitue un indicateur de sucre ajouté, incompatible avec du miel de bonne qualité (Roetschi et al., 2017 ; Kast & Roetschi, 2017).

Ces recettes ne sont pas nécessairement sans effet dans des situations de pénurie avérée. Mais elles restent généralement biologiquement sous-spécifiées : elles cherchent à corriger un problème complexe à partir d'un critère trop simple, alors que le pollen naturel est une ressource beaucoup plus complète et difficile à reproduire de manière crédible (Moore et al., 2025 ; Ritter & Kast, 2021).

6. Que faire en pratique dans le contexte suisse ?

Objectif
Donner des repères pratiques concrets : quand observer plutôt qu'intervenir, dans quels cas limités un appoint peut se discuter, et comment évaluer un produit de manière critique.

La première réponse à une inquiétude concernant l'apport en pollen n'est généralement pas le recours à une pâte protéinée. Le point de départ le plus pertinent reste l'emplacement, la qualité de l'offre florale et l'observation attentive de la colonie.

Nourrissement protéiné : repères pratiques pour l'apiculteur

  • Observer avant d'agir. Ne pas présumer une carence en pollen. Examiner le couvain, les réserves visibles et leur diversité pollinique, les conditions de butinage réelles. La météo, la reine, la pression parasitaire ou la dynamique saisonnière peuvent produire des signes similaires.
  • Privilégier l'emplacement. Un bon environnement pollinique, diversifié sur toute la saison, reste plus crédible qu'un appoint artificiel. La complémentation ne résout pas un problème structurel d'emplacement.
  • Réserver tout appoint à des cas limités. Jeunes colonies, essaims artificiels tardifs ou pénurie pollinique réellement avérée. En cas de besoin confirmé, un cadre de pollen issu d'une colonie saine, si possible du même rucher, constitue l'option biologiquement la plus crédible.
  • Ne pas se fier au seul taux de protéines. « Riche en protéines », « contient tous les acides aminés essentiels » ou « renforce l'immunité » ne garantissent pas un bénéfice réel à l'échelle de la colonie. Privilégier les produits appuyés par des essais indépendants et une formulation transparente.
  • Ne pas considérer les recettes maison comme des équivalents du pollen. Elles ne reproduisent ni le profil stérolique ni la diversité nutritionnelle du pollen naturel. Au mieux, un appoint de secours.
  • Attention au miel. La pâte protéinée n'est pas consommée selon les besoins : les abeilles la stockent, et elle peut se retrouver dans les hausses. Des levures de boulanger ont été retrouvées dans le miel de ruchers suisses deux semaines après le dernier nourrissement (Roetschi et al., 2017).

Une pénurie pollinique n'est pas à présumer, mais à documenter concrètement : état du couvain, réserves visibles de pollen, qualité de l'offre florale locale et conditions de vol des jours précédents. La colonie régule très finement sa collecte ; une absence de bonnes réserves ne signifie pas à elle seule qu'un nourrissement protéiné soit nécessaire. Un ralentissement du développement peut aussi être lié à la météo, à la qualité de la reine, à la pression parasitaire ou à un décalage saisonnier. Des réserves polliniques très faibles en période d'élevage, ou une diversité visuelle très réduite des pelotes et réserves de pollen, peuvent faire craindre une insuffisance quantitative ou qualitative (Guichard et al.).

Les situations où un appoint peut réellement se discuter restent limitées : essaims artificiels ou jeunes colonies formés en période de pénurie pollinique, zones à faible diversité florale, conditions météorologiques empêchant durablement les vols, et certaines périodes où une ressource abondante mais peu favorable sur le plan pollinique domine localement — par exemple lors de fortes dominances du maïs en juin-juillet. Dans ces cas, un cadre de pollen provenant d'une colonie saine, si possible de la colonie mère, constitue l'option la mieux documentée.

Lorsqu'un appoint devient réellement nécessaire, la composition d'un produit ne permet pas, à elle seule, d'en garantir la valeur biologique réelle. Quelques repères restent toutefois plus utiles que d'autres. Un simple taux de protéines brutes ne suffit pas : l'équilibre des acides aminés essentiels paraît plus informatif, notamment pour des acides aminés souvent limitants comme la lysine ou l'arginine (Hoover et al., 2022 ; Ricigliano et al., 2022). Des formulations contenant du pollen ou plus proches du pollen sur le plan biologique semblent plus favorables que des substituts purs (Watkins de Jong et al., 2019). En pratique, un produit devrait donc être jugé moins sur des promesses générales que sur l'existence d'essais indépendants à l'échelle de la colonie et sur la transparence de sa formulation (Noordyke & Ellis, 2021).

Ni les recettes maison ni les pâtes protéinées commerciales ne devraient être la réponse réflexe à un développement jugé insuffisant. La hiérarchie pratique reste simple : examiner l'emplacement et la ressource florale, observer précisément la colonie, replacer les observations dans le contexte saisonnier, et réserver tout appoint à des situations limitées et bien identifiées.

Conclusion

Objectif
Résumer la position des études scientifiques et d'Agroscope : la complémentation protéinée n'est pas une mesure neutre. En conditions ordinaires, ses bénéfices paraissent souvent limités ou incertains, alors que plusieurs inconvénients sont bien documentés.

Le pollen demeure la ressource nutritionnelle de référence de la colonie. Sa valeur biologique dépend d'un ensemble de dimensions — acides aminés essentiels, lipides, stérols, digestibilité, intégration dans la physiologie des nourrices — qu'aucune recette simple ne reproduit fidèlement (Di Pasquale et al., 2013 ; Keller et al., 2005a ; Moore et al., 2025 ; Ritter & Kast, 2021).

Les études scientiviques ne soutient pas une utilisation routinière de la complémentation protéinée. Des effets positifs peuvent exister dans des situations de pénurie réelle ou de développement objectivement compromis, mais ils restent contextuels ; en dehors de ces cas, les inconvénients sanitaires, comportementaux et technologiques l'emportent souvent sur les bénéfices (DeGrandi-Hoffman et al., 2016 ; Mortensen et al., 2019 ; Noordyke & Ellis, 2021 ; Ritter & Kast, 2021).

Les recettes maison sont généralement biologiquement sous-spécifiées : elles cherchent à corriger une situation complexe à partir d'un critère trop simple. Dans le contexte suisse, la formule d'Agroscope garde toute sa pertinence pratique : la nourriture complémentaire protéinée pour abeilles ne présente que rarement des avantages, mais bien plus souvent des inconvénients. La priorité reste l'emplacement, l'observation attentive des colonies et le diagnostic d'une pénurie réelle avant toute intervention.

La complémentation protéinée n'est donc pas une mesure neutre. En conditions ordinaires, ses bénéfices paraissent souvent limités ou incertains, alors que plusieurs inconvénients sont bien documentés. On ne peut donc pas raisonner ici selon l'idée : « si cela ne sert à rien, cela ne fait au moins pas de mal ».

Voir aussi :


Bibliographie

Camazine, S. (1993). The regulation of pollen foraging by honey bees: How foragers assess the colony's need for pollen. Behavioral Ecology and Sociobiology, 32, 265–272. https://doi.org/10.1007/BF00166516

DeGrandi-Hoffman, G., Chen, Y., Rivera, R., Carroll, M., Chambers, M., Hidalgo, G., & Watkins de Jong, E. (2016). Honey bee colonies provided with natural forage have lower pathogen loads and higher overwinter survival than those fed protein supplements. Apidologie, 47(2), 186–196. https://doi.org/10.1007/s13592-015-0386-6

Di Pasquale, G., Salignon, M., Le Conte, Y., Belzunces, L. P., Decourtye, A., Kretzschmar, A., Suchail, S., Brunet, J.-L., & Alaux, C. (2013). Influence of pollen nutrition on honey bee health: Do pollen quality and diversity matter? PLoS ONE, 8(8), e72016. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0072016

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Auteur
S. Imboden & C. Pfefferlé
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