Devenir Apiculteur Éleveur (partie 1)
Partie 1
Cet article propose une introduction structurée à l’élevage des reines destinée aux apiculteurs souhaitant devenir autonomes dans leur rucher. Il présente de manière didactique le matériel nécessaire, la planification rigoureuse du calendrier d’élevage ainsi qu’une méthode simple et éprouvée adaptée à une série annuelle. L’objectif est de permettre à chacun de produire ses propres reines F1 de qualité, tout en s’appuyant sur le travail de sélection des Moniteurs Éleveurs.
1 Introduction
Une des tâches des Moniteurs Éleveurs est de transmettre leur savoir lié à l’élevage des reines. Apprendre à tout apiculteur désireux d’élever ses propres reines les bases ainsi que les techniques d’élevage afin que celui-ci puisse être autonome dans son rucher.
Pour certains, élevage rime avec gestes techniques et plaisir de maîtriser les finesses de l’apiculture, pour d’autres, il s’agit d’obtenir plus rapidement et en plus grande quantité des reines afin de multiplier leurs colonies, pour d’autres encore élevage coïncide avec race, abeilles de qualité et plaisir au rucher. On peut même se retrouver dans chacun de ces thèmes !
Quelles que soient vos motivations, ce document a pour but d’être didactique pour vous faire apprendre les bases de l’élevage. Je vais vous expliquer une manière simple et efficace de produire vos reines. Ce n’est pas LA méthode, ni l’unique méthode, ni la meilleure, mais MA méthode qui fonctionne très bien lorsque l’on se contente d’élever une série de reines par année.
Les Moniteurs Éleveurs et les producteurs de reines qui en produisent de grandes quantités utiliseront des techniques plus pointues, mais les bases restent les mêmes.
Lorsque l’on débute en élevage, on est souvent effrayé par le picking ou par la rigidité du calendrier d’élevage. Mais si on a assimilé les bases de la reproduction chez l’abeille, tout devient clair comme de l’eau de roche.
Je vous propose de débuter en suivant cette méthode, puis, en fonction de votre curiosité et de vos envies, de vous renseigner dans d’autres ouvrages afin d’ouvrir votre champ de compétences et de développer VOTRE propre méthode d’élevage, celle qui vous semble instinctive. Vous trouverez au chapitre 6 une série de documents pour aller plus loin.
1.1 Gestion des reines dans son rucher
F0, F1, hybrides, abeilles locales ou abeille étrangère ? Quelles reines avoir dans mon rucher ?
L’Apiculteur Éleveur est donc un apiculteur qui va créer lui-même ses propres F1 au rucher. Il va avoir besoin, pour ce faire, d’une excellente reine pure F0. En élevant sur cette reine et en produisant de nouvelles reines dans son rucher, il obtiendra de belles F1 qui seront (grâce au phénomène d’hétérosis) d’excellentes reines pour la récolte, le tout, en ayant hérité des caractéristiques de son ascendance sélectionnée par les Moniteurs Éleveurs.
Pour obtenir la F0 dont il a besoin comme source génétique et mère de ses F1, il peut soit en acheter une directement chez un Moniteur Éleveur, soit aller prélever du couvain chez l’un d’eux, élever ses reines et monter en station pour produire ses propres F0. C’est cette méthode qui sera décrite dans ce document.
Chaque apiculteur peut dès lors profiter dans son rucher de l’énorme travail de conservation et de sélection des Moniteurs Éleveurs et ainsi avoir des abeilles de qualité.
1.2 Moniteur Éleveur ou Apiculteur Éleveur
L’élevage et la sélection ne sont pas uniquement réservés aux Moniteurs Éleveurs, loin de là ! Au contraire, la transmission du savoir via des cours d’élevage dans les sections est un des points essentiels du cahier des charges du Moniteur Éleveur. Il est de son devoir de partager ses connaissances et de transmettre à tout un chacun les techniques de reproduction des reines ainsi que les méthodes de sélection. Le but étant que chaque apiculteur puisse devenir un Apiculteur Éleveur et faire ses propres élevages et sa propre sélection. Vous êtes en train de lire un exemple des plus parlants quant à ce que font les Moniteurs Éleveur pour former les apiculteurs et les aider à devenir Apiculteurs Éleveurs. Les cours organisés dans les sections chaque année et les divers cours donnés par le Groupement Valaisan des Moniteurs Éleveurs SAR viennent compléter ce document.
Les autres points essentiels du cahier des charges des Moniteurs Éleveurs et qui les différencient des Apiculteurs Éleveurs sont qu’ils doivent maintenir des lignées répertoriées dans l’Herdbook (Registre des reines) en conservant la pureté de la race Carnica et donc éviter toute hybridation par d’autres sous-espèces, faire fonctionner les stations de fécondations ainsi que les ruchers de testages. Ces tâches sont accomplies sous la supervision de la Commission d’Élevage de la Société Romande d’Apiculture (CE-SAR) et de notre responsable technique qui s’assurent du strict respect des directives d’Apisuisse et apportent un suivi scientifique de l’élevage SAR.
L’ensemble du travail réalisé par les Monteurs Éleveurs est donc basé sur la transmission. Transmission du savoir, comme décrit plus haut, mais aussi transmission d’une génétique de qualité. Pour ce faire, chaque apiculteur peut aller prélever du couvain sélectionné chez un Moniteur Éleveur et ainsi profiter de l’énorme travail fourni par notre groupement.
Une fois qu’un apiculteur est devenu Apiculteur Éleveur et maîtrise l’élevage, voire la sélection, il peut tout à fait introduire ses reines F0 dans l’Herdbook et continuer la sélection sur cette lignée. La seule condition est que les reines doivent remplir les conditions de pureté de la CE-SAR (mesures morphologiques et ADN). Tout Apiculteur Éleveur désireux de s’engager dans cette voie peut prendre contact avec le responsable cantonal des Moniteurs Éleveurs qui se fera un plaisir de le coacher pour cette transition.
2 Matériel
Nous allons décrire dans ce chapitre le matériel nécessaire pour l’élevage d’une série de 15-20 reines. C’est la quantité idéale de reines que l’on peut obtenir avec la méthode d’élevage décrite ci-dessous et en utilisant les abeilles d’environ une ruche pour peupler les ruchettes.
2.1 Ruche éleveuse
Il faut choisir dans votre rucher, comme ruche éleveuse, une ruche forte avec beaucoup d’abeilles, douce afin de faciliter les manœuvres et qui a une forte propension à l’élevage : on remarque plusieurs ébauches de cellules royales.
Je choisis en principe une ruche qui est en récolte ce qui est une garantie d’avoir beaucoup de jeunes abeilles en suffisance et d’avoir assez de monde pour tenir le couvain au chaud en cas de période fraîche.
2.2 Couvain
Pour pouvoir monter en station de fécondation, il est nécessaire d’élever vos reines sur du couvain sélectionné. En Suisse Romande, les Moniteurs Éleveurs SAR sont à votre disposition pour vous en fournir gratuitement. Leurs reines sont mesurées (Mesures morphologiques et ADN) afin de garantir la pureté de la race.
Vous trouverez la liste à jour des Moniteurs Éleveurs valaisans sur le site de la FAVR. De plus, les ruchers de testages à l’aveugle fournissent de précieux renseignements sur la qualité de ces lignées. L’ascendance de ces reines étant enregistrée depuis des générations, le moniteur pourra vous conseiller au mieux pour choisir dans quelle station de fécondation monter afin de garder un bas niveau de consanguinité.
2.3 Matériel d’élevage
Il existe une multitude d’outils différents pour réaliser les élevages. Que ce soit pour les cadres d’élevage, les cupules, les outils de picking, on trouve des dizaines et des dizaines de références chez les revendeurs de matériel apicole.
Je vais vous présenter ici le matériel que j’utilise depuis de nombreuses années. Ce matériel se veut simple, économique et facile à utiliser. Je vous conseille de débuter en utilisant ce matériel, puis, lorsque vous maîtriserez les bases des techniques d’élevage, de tester d’autres types de matériel afin de trouver celui qui vous convient le mieux. Mais utiliser celui que je vous propose est une bonne manière de débuter.
Picking
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L’outil de picking sert à transférer les larves du cadre de couvain sélectionné dans les cupules. Avec un peu de pratique, le picking Suisse est extrêmement efficace (surtout lorsque la cire du cadre est asseztendre) et le picking chinois est très pratique lorsque la cire est assez dure. |
Fig. 2 : Cadre d’élevage |
Comme cadre d’élevage, j’utilise un cadre avec cupules Nicot pour 30 cellules. C’est un bon compromis pour réussir une série de 15 à 20 cellules à chaque fois et la distance entre les bigoudis (protections plastiques pour éviter qu’une reine qui émerge avant les autres ne détruise les autres cellules royales) est faible ce qui va limiter la construction de ponts de cire entres les cellules en cas de forte miellée. |
Fig. 3 : Cupules |
On pourra chaque année remplacer les petites cupules qui accueilleront les larves afin de travailler proprement. |
Il nous reste encore à parler de l’élément essentiel pour monter en station sans mâles : la filtreuse. Le but de cet appareil est de filtrer mécaniquement les abeilles en les faisant passer au travers d’une grille à reine afin d’être sûr de peupler nos ruchettes uniquement avec des abeilles afin d’éviter d’amener en station des mâles étrangers.
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Fig. 4 : Filtreuse |
Il existe une multitude de systèmes dans le commerce. Je vais vous présenter ici celui que j’utilise, le plus simple et le plus courant à mon avis en Suisse romande. Il s’agit d’utiliser une ruchette 6 cadres standard (en bois ou un Apibox) ainsi qu’une hausse sur laquelle on fixera une grille à reine au-dessous. |
Fig. 5 : Ouverture pour entonnoir
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Sur le couvercle de la ruchette, on fera un trou de 50 mm afin de pouvoir y passer l’entonnoir. Ce trou doit pouvoir être rebouché à l’aide de scotch ou d’une pièce amovible. |
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Fig. 7 : Couvercle amovible |
Nous avons aussi besoin d’un couvercle amovible que l’on va pouvoir glisser à l’intérieur de la hausse afin de forcer les abeilles à passer à travers la grille à reine. |
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Fig. 8 : Candi sans miel |
Dernier élément indispensable : le doseur d’abeilles. En effet, il est nécessaire de peupler les ruchettes avec environ 100 grammes d’abeilles. Pour doser correctement cette quantité, on peut utiliser un gobelet de yaourt ou une louche à soupe ou encore un cube de 7cm d’arrête |
2.4 Ruchettes
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Fig. 9 : Ruche |
Comme ruchette d’élevage, j’utilise les ruchettes Apidea, idéales pour les nuits fraîches en montagne et d’une dimension qui est un bon compromis entre la quantité d’abeilles nécessaire à son peuplement et les résultats de fécondation. On peut préparer les ruchettes durant l’hiver, mais il ne faut ajouter le candi que lorsque l’on va les utiliser. Sinon, il va durcir et les abeilles auront de la peine à le manger. |
La première étape consiste à préparer les cadrons. On découpe une bande de 2-3 centimètres de cire gaufrée que l’on va coller au sommet du cadre au moyen d’un peu de cire fondue. Pas besoin d’en mettre plus, les abeilles construiront le reste. Une bande plus longue gênerait lors du peuplement des ruchettes.
On vérifie si la grille à reine est bien fixée à côté de l’entrée et en position ouverte (Fig. 12).
On remplit le nourrisseur (au ¾ environ) avec du candi sans miel (par exemple l’Apifonda ou un mélange que l’on fera soi-même dans les proportions suivantes : 10kg de sucre glace et 3.8kg de sirop pour abeilles que l’on trouve dansle commerce). Il est interdit d’y mettre du candi avec du miel afin d’éviter les propagations de maladies en station.
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On vérifie que l’ouverture sur le couvre cadre tombe bien en face de l’ouverture des cadrons. Cela semble évident, mais c’est très embêtant de devoir rouvrir une ruchette pour pouvoir retourner un cadron. Finalement, si les ruchettes ont déjà été un peu utilisées et que le couvercle ne tient pas fermement, j’ajoute une bande de scotch pour bien m’assurer que le couvre cadres ne s’ouvrira pas pendant le peuplement ou lors de l’introduction des cellules dans ma cave.
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2.5 Traitement contre la varroase
Afin d’éviter la prolifération du varroa dans les ruchettes et selon le règlement de montée en station, un traitement contre la varroase est obligatoire. À ce titre, le plus simple est d’utiliser une solution d’acide oxalique par vaporisation. Au chapitre 4.4 on expliquera comment peupler les ruchettes et comment utiliser judicieusement ce produit.
Fig. 13 : Oxuvar 5,7%, contenant de 275g |
Vous pouvez vous en procurer chez tous les fournisseurs de matériel apicole. (Par exemple, avec la solution Oxuvar 5,7% de Andermatt BioVet AG que vous trouvez en format 275g. En ajoutant 250ml d’eau à la solution, on obtient un mélange à 3%, ce qui est idéal pour ce traitement.) Pour plus de détails, consultez la fiche technique du produit. |
2.6 Abeilles
Nous avons vu plus haut que nous avons besoin d’une ruche éleveuse. Il nous faudra aussi des abeilles pour peupler les ruchettes. Afin d’épargner cette belle colonie que l’on a utilisée comme ruche éleveuse, nous allons puiser les abeilles dans les ruches plus faibles, celles qui ne font/ne feront pas de récolte par exemple. L’important est qu’elles aient beaucoup de jeunes abeilles.
Pour obtenir les 1titi grammes d’abeilles que l’on doit mettre dans chaque ruchette, il faut compter un côté de cadre de corps Dadant rempli d’abeilles serrées. Je compte environ un cadre pour deux ruchettes. Pour une série de 2ti ruchettes, on a donc besoin de 1ti cadres d’abeilles, ce qui représente quasiment une ruche complète. Je
mets toujours 1-2 cadres en plus que nécessaire afin d’avoir suffisamment d’abeilles à la fin et ne pas devoir refaire l’opération de filtrage une deuxième fois pour compléter les dernières ruchettes.
2.7 Matériel de marquage et d’introduction
Fig. 14 : Petit matériel de marquage et d’introduction des reines : Vernis-colle, cagette Nicot, piston de marquage et pastilles numérotées. |
Lorsque vos reines seront prêtes pour être introduites dans vos colonies, il faudra les marquer et les enfermer dans une cagette d’introduction. Là aussi il existe toute une panoplie de matériel de différentes sortes, je ne vais vous présenter ici que le matériel que j’utilise. Pour marquer les reines, je les coince dans le piston de marquage et à l’aide du vernis colle je fixe une pastille de couleur sur le dos de la reine. Pour l’introduction, j’utilise des cagettes Nicot avec un petit peu de candis pour boucher l’entrée. |
3 Planification
La planification d’un élevage est aussi essentielle que toute la pratique apicole qui lui est liée. En effet, pour pouvoir monter en station à la bonne date avec des ruchettes dans lesquelles la reine a éclos depuis quelques jours et qui présente une bonne cohésion de ses habitantes, il est primordial de respecter un calendrier strict.
Ce calendrier implique que contrairement à la pratique générale de l’apiculture où l’on peut toujours décaler les travaux au rucher, ici un respect strict du planning est nécessaire et cela implique parfois de devoir travailler sous la pluie ou par mauvais temps.
3.1 Quand pratiquer l’élevage ?
La première question essentielle qui se pose est : « Quand est-ce judicieux d’élever des reines ? » La réponse est simple si l’on observe la nature : pendant la saison de l’essaimage ! Eh oui, sans surprise, c’est quand la miellée est forte, que les températures et le soleil sont présents, que les conditions sont optimales pour que l’instinct naturel des abeilles les pousse à élever de nouvelles reines pour essaimer et se multiplier ou alors pour remérer.
C’est donc durant cette période (qui va de début mai à fin juin en fonction de l’emplacement géographique du rucher) que les conditions optimales sont remplies pour élever des reines.
Rien ne sert de commencer trop tôt, car si l’on veut faire féconder ses reines au rucher, les mâles seront peu nombreux et pas matures sexuellement et si l’on veut monter en station on risque d’avoir nos reines prêtes trop tôt ! Qui plus est, les températures en montagne début juin sont bien souvent fraîches et risquent de faire diminuer les succès de fécondation.
Les Moniteurs Éleveurs quant à eux commencent souvent plus tôt et terminent plus tard afin d’utiliser au maximum la période d’ouverture des stations. Mais pour un apiculteur qui va faire une seule série dans l’année, l’idéal est donc de commencer son élevage début juin pour monter en station mi-fin juin.
3.2 Cycle de développement de la reine
Pour bien comprendre comment planifier son élevage, il est nécessaire de maîtriser le cycle de développement de la reine.
Fig. 15 : Cycle de développement de la reine |
L’œuf pondu dans la cellule royale est exactement identique à un œuf d’ouvrière. La transformation sera activée par un changement de nourriture durant le stade larvaire. Si les ouvrières sont nourries de gelée royale puis de bouillie eau-miel-pollen durant cette phase, la reine sera, quant à elle, uniquement nourrie de gelée royale et qui plus est, d’une gelée royale avec une composition particulière. |
On comprend dès lors pourquoi il est important de prendre des larves les plus jeunes possibles pour faire nos reines, car si les larves sont trop âgées, elles risquent d’avoir déjà été nourries avec de la bouillie et cela exercera une mauvaise influence sur le développement de la reine par la suite (risque de rejet d’élevage par les abeilles ou développement incorrect de la reine).
Autre étape clé : l’operculation de la cellule royale entre le 8e et le 9e jour depuis la ponte.
Durant les 10e et 11e jours, la dernière mue transforme la larve en nymphe. Les cellules sont particulièrement fragiles durant cette transformation et il est très important de ne pas les secouer ou les choquer durant ce laps de temps.
Au 13e jour la nymphe commence à avoir les yeux roses et la reine émergera au 16e jour.
En fonction de la température qui règne dans la ruche, la durée de développement peut varier de plus d’un jour.
Il faudra encore quatre à six jours pour qu’elle devienne mature sexuellement et qu’elle puisse se faire féconder. Raison pour laquelle il est important qu’elle reste dans la ruchette au moins deux jours.
3.3 Calendrier d’élevage
Contrairement à ce qui a été expliqué au chapitre précédent, et afin de faciliter les calculs, les éleveurs prennent comme jour de référence le jour de début de l’élevage et non pas le jour de la ponte des œufs. C’est-à-dire que le jour 0 est le jour où l’on effectue le transfert des larves (picking). Avec ce calendrier, les reines émergeront donc au 12e jour.
La deuxième référence temporelle est la date de montée en station, car il n’y a pas de flexibilité à ce niveau. En Valais, les stations sont ouvertes le samedi matin entre 7h00 et 9h00, il faut donc calculer la date du début de l’élevage en fonction de cette information.
Je ne vais pas détailler ici pour le moment la technique d’élevage (quel type de starter utiliser, etc.), car cela n’a que peu d’importance pour établir le calendrier.
En remontant depuis cette date, nous allons pouvoir définir le calendrier d’élevage. En prenant en compte le fait que, avant de monter en station, la reine devrait passer au moins 2 jours enfermée dans la ruchette accompagnée de ses abeilles afin d’établir une bonne cohésion de cette mini-colonie et en prenant en compte le cycle de développement vu précédemment, on obtient le calendrier suivant :
| Jour | Opération |
|---|---|
| -1 | Préparation du starter |
| 0 | Picking et introduction du cadre d’élevage |
| 10 | Préparation des ruchettes et introduction des cellules royales. Placer le tout à la cave |
| 12 | Émergence des reines |
| 15 | Montée en station |
| 29 | Récupérer les ruchettes en station |
Afin de faciliter ce calcul et pour éviter de me tromper, j’ai réalisé un fichier Excel qui permet de préparer facilement notre planning.
On peut dès lors noter dans notre agenda les échéances importantes de notre élevage et ainsi ne pas louper une étape.
4 Élevage
Comme expliqué précédemment, la méthode d’élevage que je vais vous décrire maintenant est une méthode parmi tant d’autres. Mais cette méthode est la plus simple, celle qui demande le moins de manipulations et qui donne la plupart du temps d’excellents résultats. Je l’utilise depuis de nombreuses années et elle est idéale pour n’élever qu’une série de reines.
Les éleveurs parlent de Starter pour la colonie qui va commencer l’élevage des reines durant les 24-48 premières heures. Les abeilles du Starter vont bâtir le premier centimètre des cellules royales et vont créer le lit de gelée royale dans lequel baigneront les larves. Le Finisher est la colonie qui va s’occuper du reste de l’élevage, jusqu’à l’émergence. Quand on veut faire tirer beaucoup de cellules ou lorsque les conditions de miellée ne sont pas optimales (en dehors de la période d’essaimage par exemple), l’utilisation d’un Starter dans lequel on fera en sorte d’avoir une énorme quantité de jeunes abeilles amène souvent de meilleurs résultats. Cependant, cela demande une certaine technique et beaucoup de manipulations, ce qui rend cette méthode moins accessible à l’éleveur novice.
La méthode que je vais vous détailler est la méthode que j’appelle Méthode de la ruche éleveuse. Il s’agit d’une même ruche qui fera le rôle de Starter et de Finisher. De plus, étant donné que l’on utilise une ruche forte qui amènera certainement une très belle récolte, avec cette méthode nous allons utiliser au minimum cette colonie et la perte de récolte sera minime. Référez-vous au chapitre 2.1 pour savoir quelle colonie choisir.
4.1 Préparation de la ruche éleveuse
Si vous suivez mes conseils et que vous pratiquez votre élevage durant la belle saison, en pleine miellée, il n’est pas nécessaire de traiter particulièrement votre ruche éleveuse avant le jour J. En effet, nous sommes assez avancés dans la saison pour que la ruche ait suffisamment de jeunes abeilles, de miel et de pollen. Une petite visite de la colonie 3-4 semaines avant l’élevage peut vous rassurer sur la présence de 2 bons cadres de pollen ainsi que sur la grande quantité de couvains operculés. Si tel n’est pas le cas, il est peut-être judicieux de choisir une autre colonie.
Jour -1 | Jeudi 1er juin
Selon notre planification, je dois orpheliner ma colonie éleveuse et greffer les larves le vendredi 2 juin. Nous sommes la veille. Ma colonie est forte, elle a une hausse déjà pleine d’abeilles et avec un peu de miel. Je vais poser les chasses abeilles pour enlever les hausses et pour densifier les abeilles dans la colonie.
Jour 0 | Vendredi 2 juin
Fig. 16 : Ruche éleveuse |
Je me rends au rucher en début de journée quand le calme règne encore au rucher. Je profite, pour commencer d’enlever la hausse et de brosser les éventuelles abeilles qui s’y trouvent encore. Je vais la replacer sur une autre ruche qui est forte et qui a besoin de place dans les hausses. J’ouvre ensuite la ruche et je constate avec plaisir qu’elle déborde d’abeilles : les 11 cadres de ma ruche sont complètement couverts d’abeilles. |
Mission du jour : Enlever le maximum de couvain ouvert ainsi que la reine. En effet, plus il y aura de restes de couvain ouvert, plus les abeilles auront de larves à disposition pour tirer des cellules. Or, nous voulons qu’elle tire des cellules sur les larves que je vais introduire bientôt. Je visite donc la ruche et enlève 5 cadres avec du couvain ouvert ainsi que la reine. Je récupère un cadre de miel dans ma réserve ou en prélève un dans une autre ruche et je mets le tout dans une ruchette 6 cadres, à l’opposé de mon rucher, nourrisseur rempli.
Fig. 17 : Ruche éleveuse |
Je resserre les cadres restant dans ma colonie, ajoute une cire en bordure du couvain (afin de leur donner du travail de construction pour qu’elles ne construisent pas entre les cellules royales) et je prépare un vide au centre entre 2 cadres de couvain operculé.
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Nous sommes maintenant prêts à introduire le cadre d’élevage. Il faut quand même attendre au moins 3 heures pour que la ruche se sente orpheline, sinon elle n’acceptera pas les larves à élever.
4.2 Greffage
Nous avons expliqué qu’il est nécessaire de prélever des larves d’un à deux jours maximum. Voici ce à quoi ressemblent des larves d’un tel âge :
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Fig. 18 - 20 : Larve d’un à deux jours |
Une fois que l’on a identifié les bonnes larves et qu’il y en a en suffisance, il n’y a pas grand-chose à expliquer quant à la technique de greffage (picking) : il faut pratiquer ! Le but étant de transférer les larves du cadre provenant de la mère pour les déposer délicatement dans les cupules. Ne craignez pas de traverser le cadre au début ou de devoir vous y reprendre à plusieurs fois, ce n’est pas un geste des plus évidents et il nécessite de bons yeux. En cas de besoin, le Moniteur Éleveur vous donnera un coup de main avec plaisir. Le seul élément important est de ne pas blesser la larve lors du transfert. Avec un picking suisse, l’idéal est de prendre la larve depuis son dos (côté extérieur du croissant) et de la déposer délicatement au milieu de la cupule en commençant par les extrémités, puis le dos. Avec un peu de pratique, on peut facilement greffer une trentaine de larves en cinq à dix minutes. |
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Astuces : En fonction de la luminosité, j’utilise souvent une lampe frontale afin d’éclairer le fond des cellules. Plusieurs collègues utilisent des lunettes avec un fort grossissement. On en trouve même avec des lumières intégrées sur le côté ! Il est aussi plus facile de poser le cadre sur un support légèrement incliné afin de ne pas avoir à le tenir.
Fig. 21 & 22 : Matériel divers |
Une fois que toutes les cupules sont occupées, vous pouvez introduire le cadre dans l’espace libre de votre ruche éleveuse. Si vous allez chez un Moniteur Éleveur pour faire le picking et que vous devez retourner à votre rucher pour introduire le cadre, il suffit de l’enrouler avec un linge humide et de le placer dans une ruchette.
Fig. 23 : Ruche éleveuse avec le cadre d’élevage |
Les larves supportent sans problème d’être une heure hors de la ruche. L’essentiel est qu’elles ne dessèchent pas. Notre ruche éleveuse est à présent complète et les abeilles vont directement commencer à s’occuper de nos larves. |
Fig. 24 : Starter fermé |
Si pour une raison ou une autre vous avez besoin de plus de temps pour retourner au rucher, vous pouvez sans autre mixer l’utilisation d’un starter fermé et celui de la ruche éleveuse. Pour ce faire, vous pouvez prélever dans la ruche éleveuse quelques cadres bien chargés d’abeilles et les mettre dans une ruchette fermée, en laissant un espace vide au milieu pour notre cadre d’élevage. On prendra soin de scotcher comme couvre cadre un film en plastique. Il est important aussi que cette caisse soit bien aérée. J’utilise personnellement un Apibox auquel je retire la planche de fond. |
Lorsque votre cadre d’élevage est prêt à être introduit, il suffit de donner un coup de cutter au film en plastique sur l’espace vide et d’introduire le cadre au travers de cette ouverture. Ainsi, les abeilles qui peuplent la ruche vont rester bien sagement dans la caisse.
Une fois le cadre introduit, il peut rester ainsi sans problème quelques heures. Dès votre retour au rucher, vous pouvez à nouveau replacer tous les cadres dans la ruche éleveuse pour laisser à un maximum de jeunes abeilles le soin de s’occuper des larves.
Jour 1 | Samedi 3 juin
Fig. 25 : Cellule royale d’un jour |
Après 24h, vous pouvez jeter un coup d’œil à votre cadre d’élevage pour voir combien de larves ont été acceptées. On remarque que les abeilles ont construit un petit bout de cire d’un centimètre environ sur la cupule et que la larve baigne dans de la gelée royale. |
La quantité de larves que prend en élevage la colonie éleveuse dépend de multiples facteurs : la période d’élevage, la météo durant ces quelques jours, la propension de la colonie à élever, la quantité de nourriture et pollen présente dans la ruche et bien d’autres critères encore. Par exemple, il m’est arrivé d’obtenir du 100% de réussite lors d’une période pluvieuse où les abeilles ne pouvaient pas sortir de la ruche et, à contrario, d’avoir de mauvais résultats en pleine miellée.
Cependant, en suivant cette méthode, on peut compter sur un taux de réussite de 50-70% (quelles que soient les influences externes). En ayant greffé 30 larves, on arrive sans problème à nos 15-20 reines souhaitées.
4.3 Pose des bigoudis / couveuse
Jour 6 | Jeudi 8 juin
Entre le cinquième et le sixième jour, les abeilles vont operculer les cellules. En fonction de l’âge des larves que vous avez prélevées, cela peut varier facilement d’un jour. À ce stade deux possibilités s’offrent à vous :
- Mettre les bigoudis autour des cellules pour les protéger en cas d’éclosion d’une cellule royale qui est ailleurs dans la ruche que sur le cadre d’élevage
- Transférer les cellules dans une couveuse
Fig. 26 & 27 : Cellules operculées |
Dans le premier cas, il suffit de sortir le cadre et de brosser délicatement les abeilles pour pouvoir glisser les bigoudis autour de chaque cellule. Cela se fait assez facilement en principe, mais il se peut que l’envie de bâtir des abeilles a été telle qu’elles ont construit entre les cellules. Il faut alors utiliser une lame chauffée afin de découper délicatement l’excédent de construction pour que la cellule passe dans le bigoudi. Si nous avons mis toutes les chances de notre côté en ajoutant une cire gaufrée et en utilisant un cadre d’élevage où les cellules sont serrées au maximum, on ne devrait pas avoir beaucoup de problèmes. Si vous décidez d’utiliser une couveuse, il suffit de transférer vos cellules (protégées par les bigoudis) dans celle-ci en ayant préalablement réglé une température de 35°C et en ayant vérifié que le taux d’humidité soit élevé (entre 60 et 75%). |
On trouve facilement dans le commerce de petites couveuses pour œufs de poule pour une centaine de francs. Ces couveuses électroniques peuvent régler la température et indiquent le taux d’humidité. Un petit ventilateur permet d’avoir une température homogène dans toute la boîte. On arrive facilement à bricoler un support pour y mettre nos cellules avec leurs bigoudis.
Fig. 28 & 29 :Couveuses |
Cette technique comporte plusieurs avantages : les cellules resteront à bonne température quelle que soit la météo et vous avez fini d’utiliser la ruche éleveuse plus tôt. Vous pouvez donc récupérer les cadres de couvain ainsi que la reine et réintroduire le tout dans votre colonie et remettre les hausses. Votre colonie n’aura été utilisée que 6 jours et vous ne remarquerez même pas la différence au niveau récolte. |
Voir partie 2: 4.4 Préparation des ruchettes


