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Insémination à un mâle : le point sur cette pratique

L’expression a de quoi surprendre et demande quelques éclaircissements. « L’insémination à un mâle » correspond à l’insémination d’une reine à partir de la semence d’un seul mâle, au lieu de 12 à 20 mâles pratiquée en fécondation naturelle ou en insémination classique. Cet article expose cette technique particulière et ses contextes d’utilisation. Inventaire de nos connaissances sur l’intérêt et les limites actuelles de cette technique !

UNE UTILISATION EN ÉLEVAGE ET EN SÉLECTION

a) Présentation de la technique

L’insémination est une technique relativement courante en élevage et sélection apicoles, dont la première mention date de 1923 (travaux de Quinn ; Woyke, 1968). Elle permet de réaliser des fécondations en maîtrisant précisément la voie mâle utilisée. De ce fait, on y a recours dans deux cas de figure : dans une approche scientifique afin d’obtenir une meilleure compréhension de la génétique de l’abeille, ou dans une démarche de sélection apicole, pour une sélection/diffusion plus efficace d’une génétique.

b) Résultats obtenus et comparaison avec une insémination classique

Les reines inséminées avec un mâle présentent certaines caractéristiques. La première d’entre elle est un volume d’insémination, de l’ordre de 2 ou 3 microlitres contre 8 à 10 microlitres dans le cas d’une insémination classique, et un nombre de spermatozoïdes plus faible comparé à une insémination classique, de l’ordre de 3 fois moindre (Bolten & Harbo, 1982). La quantité de spermatozoïdes dans la spermathèque étant le premier facteur qui explique la durée de ponte et donc la durée de vie de la reine (Baer et al., 2016, Al-Lawati, 2009), les reines inséminées avec un mâle auront une durée de vie moins longue qu’une reine classique. Il peut ainsi s’avérer plus délicat de les hiverner mais c’est toutefois possible (Nolan, 1932 ; Bienkowska, 2011, Jungels, 2014).

L’insémination à un mâle non apparenté permet d’obtenir des colonies dont le niveau de développement est généralement semblable à celui d’une reine classique pendant les premiers mois (Harbo, 1999). Néanmoins, l’utilisation d‘inséminations consanguines peut réduire drastiquement le développement des colonies (couvain lacunaire, autres symptômes, etc.).

L’autre caractéristique des reines ayant subi cette technique tient à sa progéniture : les ouvrières qui en sont issues auront la même mère et le même père. Ainsi, toutes les ouvrières de la colonie seront donc super-soeurs entre elles (pas de fratries, de demi-soeurs comme dans le cas d’une reine fécondée avec plusieurs mâles). Il en résulte des colonies dont les ouvrières sont très homogènes. De la même manière, si des reines-filles sont greffées à partir des reines inséminées à un mâle, on retrouvera cette même homogénéité chez les reines ainsi obtenues. Il peut également être envisagé d’inséminer plusieurs reines semblables à partir de la semence issue d’un unique mâle, par dilution, afin de travailler avec des colonies à la physionomie très similaires (Harbo, 1986).

c) Utilisation dans une démarche de sélection

L’insémination à un mâle est utilisée par certain.es apiculteur.rices depuis plusieurs années dans des démarches de sélection. Cette utilisation peut répondre à deux objectifs : faciliter la détection de certains caractères difficiles à identifier au sein d’une colonie. Un caractère ou un comportement exprimé par 100% des ouvrières d’une colonie sera plus facilement visible qu’un comportement qui ne serait exprimé que par celles d’une fratrie (environ 8 à 10% des ouvrières dans une colonie classique). Dans le cas d’un caractère qui serait transmis par plusieurs gènes, le mécanisme de transmission sera également plus facile à étudier.

L’autre intérêt de l’insémination à un mâle est d’améliorer la qualité de testage sur descendance par l’obtention de reines-filles plus homogènes. Le fait de travailler avec des reines-filles issues d’une reine inséminée par un seul mâle réduit la variation des performances de celles-ci. La variabilité entre reines-filles sera beaucoup plus faible. Ainsi le coefficient de parenté entre deux reines-filles pleines sœurs sera de 0,75 au lieu de 0,50 pour celles qui sont demi-sœurs d’une reine inséminée à partir de mâles d’une provenant d’une seule colonie.

Le recours à des inséminations à un mâle consanguines, par exemple l’insémination tante-neveu, permet à la fois d’augmenter l’homogénéité de la descendance (détection du caractère) mais également d’augmenter l’expression de certains caractères difficiles à observer à l’instar des caractères récessifs (Jungels, 2014). Cette dernière sélection est souvent orientée vers la recherche d’abeilles résistantes à varroa, la résistance à varroa étant un caractère difficile à isoler, dont le mécanisme de transmission est peu connu (Harris, 2009). P. Jungels, apiculteur professionnel au Luxembourg, utilise l’insémination à un mâle consanguine depuis une dizaine d’années en élevage d’abeilles résistantes à varroa (Jungels, 2014).

d) Effets de la consanguinité (inséminations à un mâle apparenté)

Chez les abeilles, le sexe est déterminé par un seul gène possédant plusieurs dizaines d’allèles différents. Un individu hétérozygote pour ce gène donne une femelle ouvrière ou une reine. Quand un individu est homozygote pour ce gène, il devient alors un mâle diploïde qui est détruit par les ouvrières au stade larvaire.


Voir aussi :

Auteur
Benjamin Basso (INRAE) & Matthieu Guichard (Agroscope)
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