Phéromones royales
La communication chez les abeilles est très élaborée et a fait l'objet de nombreuses études. Il y a bien sûr la « danse frétillante ou danse en huit » bien connue de tout le monde, mais ce que l’on sait moins, c’est que cette danse sert uniquement à indiquer le lieu de la source de nourriture. Tout en dansant, l’abeille libère des messagers chimiques servant à recruter d’autres butineuses et à leur indiquer le type et la richesse de cette source. Il y a donc bien une communication basée sur un échange de substances chimiques appelées phéromones.
Comme cette phéromone appelée « phéromone de recrutement », il en existe de très nombreuses autres qui permettent la cohésion de la colonie, la reconnaissance entre individus, la répartition des tâches, la diffusion des alertes, les signaux d’essaimage, le repérage des sources de nourriture, d'eau, de propolis, des emplacements possibles d'implantation d’essaims... Ce sont des substances chimiques de formules très complexes, émises et perçues par chaque individu d’une colonie : la reine, les ouvrières, les mâles et même les larves du couvain (BEP : Brood Ester Pheromone). Ces molécules phéromonales qui conditionnent les comportements au sein de la colonie, se divisent en deux catégories : les incitatrices et les modificatrices. Ces deux catégories pouvant elles-mêmes être divisées en deux groupes : les stimulantes et les inhibitrices. Les phéromones incitatrices agissent surtout sur le comportement de l’abeille avec un effet rapide. Ce sont les plus connues et plus d'une centaine ont déjà été identifiées. Les phéromones modificatrices agissent plutôt sur la physiologie de l’abeille et ont un effet à plus long terme. La fonction principale des phéromones modificatrices est de coordonner le développement physiologique et comportemental d'un ensemble d'individus (nourrices, butineuses, nettoyeuses, gardiennes…). D’après les chercheurs, la tête de l’abeille serait à elle seule la source d’une trentaine de phéromones dont quelques-unes seulement, ont été isolées. Chez Apis Mellifera, on dénombre une dizaine de glandes différentes pouvant toutes émettre de nombreuses phéromones et qui sont essentiellement disposées au niveau de la tête et de l’abdomen. De ces glandes, on ne connaît actuellement qu’une petite partie des fonctions et un nombre très limité de phéromones. Les modes de transmission des phéromones entre les abeilles se font par contact de cuticule à cuticule, de cuticule à antenne, de pollen à antenne, par ingestion et par la manipulation du pollen et du nectar. Pour les phéromones aériennes, le mode de réception se fait par le sens olfactif qui se situe au niveau des antennes qui, on le sait, portent de très nombreux organes sensoriels.
Phéromones de reine : Bien qu’il soit maintenant prouvé scientifiquement que les phéromones royales ne sont pas les seules à conduire et influencer la vie sociale d’une colonie, celles- ci sont néanmoins les plus importantes, car elles jouent un rôle de cohésion qui est primordial dans la colonie d’abeilles. Il s’agit principalement des phéromones mandibulaires de la reine (QMP=Queen Mandibular Pheromone) composées de plusieurs molécules chimiques dont : l'acide 9-hydroxy-(E)-2-décénoïque (9-HDA), le méthyl p- hydroxy benzoate (HOB), le 4-hydroxy-3-methoxyphenylethanol (HVA) et l’acide 9-céto-2-décènoïque (9-ODA). Le mélange artificiel de ces molécules synthétisées est bien connu sous le nom de « Bee Boost®».
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Phéromones sexuelles : Sécrété par les glandes mandibulaires (QMP) de la reine, l’acide 9-céto-2-décènoïque joue un rôle lors du vol nuptial de la reine pour attirer les faux-bourdons. Les mâles produisent eux aussi une phéromone sexuelle aérienne qui attire les reines en instance d’accouplement vers le lieu du rassemblement des mâles.
Phéromones de cohésion sociale : L’acide 9-céto-2-décènoïque (QMP) assure la cohésion de la colonie et commande aux ouvrières de nourrir, toiletter et protéger la reine.
Phéromones de rassemblement : La phéromone de la glande de Nasanov est utile pour attirer et rassembler les abeilles d’un essaim lorsqu’elles « battent le rappel ».
Phéromones d’alarme : La 2-heptanone met la colonie en alerte lorsqu’un intrus s’approche de la ruche.
Phéromones d’attaque : L’acétate d’isoamyle, à l’odeur de banane, rend les autres abeilles plus agressives et les incite à piquer.
Phéromones de marquage : La glande d’Arnhart permet de marquer la planche de vol et l’entrée de la ruche.
L’éthyle oléate (EO) : Phéromone produite par les butineuses, jouant un rôle clé dans la régulation de l’âge au butinage.
Comme ces quelques phéromones dont nous venons de parler, il en existe des dizaines d’autres qui ont toutes une importance primordiale et qui agissent ou interagissent d’une manière bien précise sur chaque acteur d’une colonie d’abeilles.
Voir aussi :
- Phéromones, véritable communication sémiochimique
- Les phéromones, acteurs de la plasticité comportementale


