Mars au rucher
En mars, le rucher reprend vie : la reine intensifie progressivement sa ponte, les butineuses sortent dès que la température le permet, et la consommation de nourriture augmente pour accompagner le développement du couvain. C’est une période charnière où l’apiculteur doit observer chaque colonie avec calme, car un manque de ressources ou une maladie non détectée peut compromettre la reprise après l’hiver.
1) Visite de printemps et état de la colonie
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Objectif
Faire un bilan précoce de la colonie (présence de reine, couvain, réserves) dès qu’une journée douce le permet. L’inspection générale aide à planifier la saison et à détecter tout problème éventuel (reine absente ou malade, faible couvain, défaut d’alimentation, signes de maladie).
Actions concrètes
- Organiser la visite lors d’une journée ensoleillée et chaude (idéalement >14 °C).
- Utiliser une fumée douce à l’entrée pour calmer, puis ouvrir rapidement la ruche.
- Examiner le couvain (il doit être dense et homogène), vérifier la présence de la reine (ou d’œufs frais) et la répartition des abeilles sur les cadres.
- Vérifier s'il reste suffisamment de nourriture dans les rayons.
Points de vigilance
Ne pas intervenir par temps froid ou pluvieux (risque de refroidir le couvain). Procéder avec douceur et rapidité pour limiter le stress des abeilles. Commencer par les colonies les plus vigoureuses (certainement en bon état sanitaire) et terminer par les plus faibles (peut-être malades) pour éviter tout risque contamination infectieuse. Surveiller toute odeur nauséabonde : elle peut révéler une loque européenne ou américaine (maladie à déclaration obligatoire). En cas de doute sanitaire sérieux, contacter l’inspecteur des ruchers avant de détruire ou déplacer la colonie.
En savoir plus :
► Bonnes pratiques pour visiter une colonie
► Dix conseils pour bien visiter une ruche
► Les visites : Points d'attention
► Installation et visite de la ruche
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2) Réserves et alimentation
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Objectif : s’assurer que chaque colonie de suffisamment de nourriture pour soutenir la ponte et l’élevage du couvain jusqu’aux premières floraisons.
Actions concrètes
- Vérifier les cadres de provisions (miel et pollen) lors de la visite.
- Une colonie qui élève du couvain peut consommer 1–2 kg de miel par semaine en mars.
- Si le corps de ruche est « léger » ou les cadres vides nourrir avec précaution avec du candi qui sera consommé en fonction des besoins (pas/peu stocké).
- Utiliser un sirop 50/50 eau/sucre tiède pour stimuler la ponte tout en évitant ls carences. Attention à ne pas trop stimuler car risque d’essaimage en avril.
- Introduire le nourrissement seulement si les prévisions météo sont défavorables ou si les apports manquent (manque de ressources et/ou trop peu de butineuses).
Points de vigilance
Ne pas nourrir avec de la gelée royale ou du miel non contrôlé (risque de maladie). Eviter de donner du sirop si la température est inférieure à 10-120C (les abeilles ne l’utilisent pas et il peut fermenter). Introduire les aliments de manière à limiter des excès d’humidité et ne pas ouvrir simultanément plusieurs ruches par temps froid.
En savoir plus :
► Tout sur le nourrissement
► Nourrissement de fin d’hiver : qu’en penser ?
► 4.2 Nourrissement
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3) Eau pour la colonie
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Objectif
Garantir un point d’eau à proximité pour la dilution du miel et la régulation de l’humidité du couvain.
Actions concrètes
- Installer un abreuvoir à abeilles dès la sortie de l’hiver.
- Il doit se trouver au soleil, à l’abri du vent, pour attirer les butineuses.
- Ajouter des flotteurs (mousse, brindilles, pierres, bouchons) pour que les abeilles puissent se poser et éviter les noyades.
- Maintenir l’eau propre – l’ajout d’une pincée de sel ou de minéraux peut favoriser son adoption.
Points de vigilance
Veiller régulièrement à ce que l’eau ne gèle pas au fond de l’abreuvoir (installer si besoin en pot isolé). Ne pas utiliser d’eau de stagnation sale ou traitée chimiquement. Un point d’eau mal entretenu peut détourner les abeilles vers des sources polluées ou provoquer des maladies aquatiques.
En savoir plus :
► Quelle eau pour nos abeilles ?
► La collecte de l’eau et de son stockage
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4) Gestion de l’espace (cadres et nid)
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Objectif
Optimiser l’espace de la ruche pour maintenir la température du couvain et accompagner l’expansion de la colonie sans gaspiller d’énergie.
Actions concrètes
- Resserrer les cadres du corps de ruche occupés pour réduire le volume à chauffer si la colonie est encore petite.
- Enlever les cadres vides ou noircis pour les remplacer progressivement par des cadres de cire gaufrée propres.
- Si la colonie est forte, préparer des cadres supplémentaires. Mais, ne jamais agrandir une colonie faible.
- S’assurer que les espaces entre cadres soient réguliers pour éviter les ponts de cire.
- Réduire l’entrée de la ruche à une ouverture minimale pour faciliter la défense (éventuellement grille d’entrée, frelon asiatique).
Points de vigilance
Retirer, en douceur, les cadres vides en gardant les cadres de couvain bien groupés. Veiller à ce que les cadres retirés soient bien stockés (à l’abri de la lumière et de la teigne). Eviter l’ajout trop précoce d’une hausse si la population du corps n’est pas suffisante pour la peupler rapidement (cela peut favoriser le pillage ou le développement de maladies dans l’espace vide).
En savoir plus :
► 4.4 Renouvellement de cadres
► La construction des cadres
► Cadre à mâles
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5) Entretien du matériel et hygiène
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Objectif
Nettoyer, réparer, préparer tout le matériel nécessaire au cours de la saison. Garder en tête : prévention des maladies.
Actions concrètes
- Profiter de la première visite pour gratter et nettoyer le tiroir de fond de ruche : retirer débris, cocons et propolis excessive.
- Passer à la flamme ; désinfection à Halades 01 ; l’alcool ou l’eau de javel ne sont pas recommandés (voir Aide-mémoire "Médicaments vétérinaires") .
- Remplacer les plateaux trop corrodés ou fendus.
- Renouveler au moins 3 - 4 cadres de corps par an pour favoriser l’hygiène et réduire l’exposition aux pesticides.
- Préparer un stock de cadres cirés et de planchers de rechange.
Points de vigilance
Pour éviter de perturber exagérément les abeilles et pour ne pas refroidir le couvain, la colonie est rapidement et entièrement « déménagée/transvasée »avec ses cadres, dans une ruche propre et désinfectée. La ruche vidée est ensuite nettoyée/désinfectée en toute tranquillité à l’atelier selon le protocole recommandé par le SSA.
En savoir plus :
► 4.1 L’hygiène
► 4.4.1 Fondre les cadres
► Propolis
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6) Surveillance du Varroa et prévention des maladies
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Objectif
Évaluer l’infestation par Varroa et limiter l’impact des parasites et maladies avant qu’ils ne se propagent.
Actions concrètes
- Installer un tiroir à varroas ou une feuille de cellulose sous le corps de ruche pour mesurer la chute naturelle des acariens. Le nombre de chutes naturelles ne doit pas dépasser 3 par jour.
- Effectuer un test de dépistage (sucrose, CO₂ ou alcool) pour estimer le taux de l’infestation.
- Surveiller les abeilles : ailes déformées ou mortalité anormale sont des signes d’infestation.
- Commencer les stratégies de lutte contre le Varroa: découper régulièrement le couvain mâle operculé (chaque 2–3 semaines) pour détruire les varroas prisonniers dans les alvéoles, ce qui réduit significativement la charge parasitaire (voir: cadre à males).
- Prévoir, si nécessaire, un traitement recommandé si la pression de Varroa est haute.
Points de vigilance
Un taux varroa non détecté ou sous-estimé peut exploser en fin de saison. Traiter les colonies avec un produit ou un procédé recommandés si le taux d’infestation est critique (consulter les seuils préconisés par le SSA). Ne pas utiliser de traitement non homologué et tenir compte de la notice d’utilisation du produits (par ex. ac. oxalique efficace seulement hors couvain). Rester à l’affût de tout symptôme de maladie du couvain (loque, mycose, virose, parasitose…) lors de la visite ; en cas de doute, isoler la ruche et appeler l’inspecteur.
En savoir plus :
► 1. Lutte contre le varroa
► 1.5.1 Mesure de la chute naturelle du varroa
► Cadre à mâles
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7) Ce qu’on ne fait pas encore
- Éviter les opérations acrobatiques : ne pas diviser les colonies ni démarrer de transvasements avant que la météo et la populationne ne le permettent. Ne pas installer de ruchettes d’élevage complexes trop tôt.
- Pas de récolte ni d’extraction de miel (aucune miellée n’est en cours).
- Ne pas appliquer de traitements complexes ou non indispensables (acaricide sans nécessité) qui pourraient freiner/bloquer le développement de la colonie, fragile en cette période de l’année.
- Ne pas nourrir massivement avec du sirop 50% si la colonie ne manque pas de réserves, pour éviter une stimulation de ponte excessive en cas de retour de gel tardif.
Remarques générales : Les priorités et le calendrier varient selon l’altitude, l’exposition, la météo locale et la force des colonies. En cas de suspicion de maladie à déclaration obligatoire, appeler l’inspecteur avant toute initiative personnelle.
AuteurApiSion : Claude Pfefferlé & Serge Imboden