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Création de jeunes colonies (partie 2)

A row of bee hives in a field of flowers with an orchard behindA row of bee hives in a field of flowers with an orchard behind

A row of bee hives in a field of flowers with an orchard behind

Partie 2

La formation de jeunes colonies est l’un des leviers essentiels pour renouveler le cheptel, disposer de réserves et conduire le rucher avec plus de souplesse. Cet article présente les principales méthodes, leurs objectifs, leurs limites et les points de vigilance à respecter, notamment pour la reine, les réserves, l’essaimage et le varroa.

Pour vous orienter, ce dossier est publié en deux parties. Le tableau ci-dessous résume le contenu de chaque partie.

Partie 1 Partie 2
  • 1. Vue d’ensemble des principales méthodes
  • 2. Pourquoi former de jeunes colonies ?
  • 3. Quelle méthode choisir ?
  • 4. Les décisions à clarifier avant d’agir
  • 5. Règles communes à toutes les méthodes
  • 6. Les méthodes en détail
  • 6.1 Essaim naturel
  • 6.2 Essaim artificiel
  • 6.3 Essaim artificiel avec reine
  • 6.4 Formation de jeunes colonies avec couvain
  • 6.5 Nucléus avec couvain regroupé
  • 6.6 Nucléus de mi-journée
  • 6.7 Nucléus par attirance
  • 6.8 Division avec reine
  • 6.9 Division d’une colonie en fièvre d’essaimage
  • 6.10 Nucléus avec les abeilles des hausses
  • 6.11 Petit nucléus de réserve
  • 7. Suivi des jeunes colonies après leur formation
  • 8. Que faire des jeunes colonies ?

6.6 Nucléus de mi-journée

Ce chapitre décrit le nucléus de mi-journée, qui utilise le retour naturel des butineuses à l’ancien emplacement pour renforcer une jeune colonie.

Le nucléus de mi-journée repose sur le comportement de retour des butineuses. La colonie d’origine est déplacée, et une nouvelle unité est placée à son ancien emplacement. Les butineuses qui reviennent du vol renforcent alors rapidement la nouvelle ruchette.

Cette méthode est utile lorsqu’on ne dispose pas d’un rucher éloigné pour déplacer la jeune colonie. Elle demande toutefois une bonne préparation : la nouvelle unité doit recevoir du couvain, des réserves et une possibilité réaliste d’obtenir une reine.

Dans quelles situations choisir cette méthode ?

Le nucléus de mi-journée convient lorsque l’on veut former une jeune colonie au même rucher, sans déplacement à plusieurs kilomètres. Il peut aussi servir à soulager une colonie forte, à réduire la pression d’essaimage ou à renforcer une unité qui manque d’abeilles de vol.

La méthode doit être réalisée par beau temps, pendant une période de vol actif, idéalement en fin de matinée ou en début d’après-midi. C’est à ce moment que les butineuses sont nombreuses à l’extérieur et reviendront ensuite à l’ancien emplacement.

Principe de la méthode

La colonie d’origine est déplacée de quelques mètres ou vers un autre emplacement du rucher. À son ancien emplacement, on installe une ruchette préparée avec du couvain, des réserves et, selon la variante, des œufs ou de très jeunes larves, une cellule royale ou une reine introduite.

La nouvelle unité reçoit rapidement une population importante de butineuses. La colonie d’origine, elle, perd une partie de ses abeilles de vol et doit donc être surveillée dans les jours qui suivent, notamment pour ses réserves et son équilibre général.

Déroulement du travail

  • Choisir une colonie forte, saine et bien développée, de préférence avec beaucoup de butineuses.
  • Intervenir par beau temps, lorsque les abeilles volent bien, idéalement entre la fin de matinée et le début d’après-midi.
  • Préparer une ruchette ou une ruche propre à l’ancien emplacement de la colonie d’origine.
  • Y placer des cadres de couvain et des cadres de nourriture. Si la jeune colonie doit élever sa propre reine, au moins un cadre doit contenir des œufs ou de très jeunes larves.
  • Vérifier soigneusement que la reine de la colonie d’origine ne soit pas transférée par erreur, sauf si la variante choisie le prévoit explicitement.
  • Compléter avec des cadres bâtis récents, des cires gaufrées ou une partition selon la force de l’unité.
  • Déplacer la colonie d’origine à quelques mètres ou vers un autre emplacement du rucher.
  • Placer la nouvelle unité exactement à l’ancien emplacement afin que les butineuses y reviennent naturellement.
  • Réduire le trou de vol si nécessaire et vérifier que les réserves sont suffisantes.
  • Contrôler également la colonie d’origine déplacée, car elle perd une partie importante de ses butineuses.

Gestion de la reine

La nouvelle unité peut élever sa propre reine si elle dispose d’œufs ou de très jeunes larves. Cette variante est simple, mais elle demande du temps et dépend de la météo de fécondation ainsi que de la présence de faux-bourdons matures.

On peut aussi introduire une cellule royale, une jeune reine non fécondée ou une reine fécondée. Une reine fécondée accélère le démarrage, mais son acceptation doit être préparée avec soin. Une cellule royale permet de gagner du temps, mais doit être manipulée avec prudence.

Que devient la colonie d’origine déplacée ?

La colonie d’origine conserve en principe sa reine, mais perd une part importante de ses butineuses. Elle doit donc être contrôlée pour vérifier ses réserves, son couvain et sa force après l’intervention.

Si elle était en fièvre d’essaimage, il faut décider clairement quoi faire des cellules royales : les supprimer, en conserver une, introduire une reine ou appliquer une autre méthode de conduite. L’objectif est d’éviter de déplacer le problème d’essaimage sans le résoudre.

Contrôles après la formation

Le premier contrôle de la nouvelle unité doit vérifier que la population est suffisante, que le couvain est bien couvert, que les réserves sont présentes et que la colonie suit la voie prévue pour obtenir une reine.

Le contrôle décisif intervient plus tard, lorsque l’on peut vérifier la présence d’une reine en ponte. Il faut éviter les ouvertures trop fréquentes pendant la naissance, la fécondation et le début de ponte de la jeune reine.

Lien avec le concept varroa

Le nucléus de mi-journée contient généralement du couvain et peut donc emporter une partie des varroas présents dans la colonie d’origine. Il peut toutefois connaître une période favorable lorsque le couvain initial a émergé et avant que le nouveau couvain soit largement operculé.

Cette fenêtre peut être utile dans le concept varroa, mais elle doit être utilisée avec précision. Le traitement éventuel dépend de l’état réel du couvain, des recommandations SSA/ApiService en vigueur et de la notice du médicament vétérinaire utilisé. La colonie d’origine déplacée doit elle aussi rester intégrée au suivi varroa du rucher.

Points de vigilance

  • Réaliser la méthode pendant une période de vol actif, et non tard le soir ou par mauvais temps.
  • Placer la nouvelle unité exactement à l’ancien emplacement pour récupérer correctement les butineuses.
  • Prévoir assez de couvain, de réserves et d’abeilles pour que la jeune colonie reste équilibrée.
  • Vérifier que la reine de la colonie d’origine ne soit pas transférée accidentellement.
  • Surveiller la colonie d’origine déplacée, car elle perd une partie de ses butineuses.
  • Ne pas multiplier sans réflexion une colonie trop essaimeuse ou de qualité médiocre.
  • Éviter les contrôles trop fréquents pendant la phase sensible d’élevage ou de fécondation de la jeune reine.
  • Adapter le nourrissement et le trou de vol au risque de pillage.

Le nucléus de mi-journée est une méthode pratique lorsque l’on veut former une jeune colonie au même rucher en utilisant le retour naturel des butineuses. Sa réussite dépend surtout d’un bon calendrier, d’une colonie d’origine suffisamment forte et d’un suivi attentif des deux unités après la division.

6.7 Nucléus par attirance

Ce chapitre présente le nucléus par attirance, qui utilise l’attractivité du couvain pour faire monter des nourrices sur des cadres de couvain avant de former la ruchette.

Le nucléus par attirance consiste à placer des cadres de couvain, d’abord prélevés sans abeilles, au-dessus d’une colonie forte et séparés de la reine par une grille à reine. Les abeilles, surtout les nourrices, montent alors couvrir le couvain. Les cadres peuvent ensuite être transférés dans une ruchette.

Cette méthode permet de former une jeune colonie bien garnie en jeunes abeilles, tout en limitant le risque de transférer accidentellement la reine. Elle demande toutefois une manipulation en deux temps et une bonne organisation du matériel.

Dans quelles situations choisir cette méthode ?

Cette méthode convient lorsque l’on dispose de colonies fortes avec du couvain excédentaire et que l’on souhaite former une ruchette bien peuplée sans chercher longuement la reine. Elle est aussi utile lorsque l’on veut prélever du couvain dans plusieurs colonies sans affaiblir trop fortement une seule colonie.

Elle doit rester réservée à des colonies fortes, saines et régulières. Le couvain prélevé doit provenir de colonies que l’on accepte réellement d’utiliser comme base de multiplication.

Principe de la méthode

Des cadres de couvain sont prélevés sans les abeilles, puis placés dans un corps ou une hausse au-dessus d’une colonie très populeuse, séparés de la reine par une grille à reine. Les abeilles montent progressivement sur ces cadres pour chauffer et soigner le couvain.

Lorsque les cadres sont suffisamment couverts, ils sont transférés dans une ruchette avec des cadres de nourriture, éventuellement un cadre de pollen, une partition et, selon l’objectif, une reine introduite, une cellule royale ou des œufs permettant l’élevage d’une nouvelle reine.

Déroulement du travail

  • Choisir une ou plusieurs colonies d’origine fortes, saines et bien développées.
  • Prélever 2 à 5 cadres de couvain, de préférence avec du couvain operculé et du couvain non operculé.
  • Brosser ou secouer soigneusement les abeilles afin que les cadres prélevés soient introduits sans abeilles dans l’étape d’attirance.
  • Compléter les espaces laissés dans les colonies d’origine avec des cadres bâtis récents ou des cires gaufrées, selon la saison et la force des colonies.
  • Poser une grille à reine sur une colonie forte et très peuplée.
  • Placer au-dessus de cette grille un corps ou une hausse destiné à recevoir les cadres de couvain prélevés.
  • Installer les cadres de couvain entre des cadres de nourriture ou à proximité de réserves suffisantes.
  • Laisser les abeilles monter sur les cadres pendant quelques heures ou jusqu’au lendemain.
  • Transférer ensuite les cadres bien couverts d’abeilles dans une ruchette préparée.
  • Ajouter des cadres de nourriture, un cadre de pollen si nécessaire, puis resserrer avec une partition.
  • Introduire une reine, une cellule royale ou laisser la jeune colonie élever sa propre reine si elle dispose d’œufs ou de très jeunes larves.
  • Déplacer la ruchette sur un emplacement pour jeunes colonies suffisamment éloigné, ou choisir une conduite adaptée si elle reste au même rucher.
  • Nourrir si nécessaire et réduire le trou de vol pour limiter le risque de pillage.

Gestion de la reine

La jeune colonie peut élever sa propre reine si elle dispose d’œufs ou de très jeunes larves. Cette solution est simple, mais elle demande du temps et dépend de la météo, de la présence de faux-bourdons matures et de la réussite du vol de fécondation.

L’introduction d’une reine fécondée permet un démarrage plus rapide, mais exige une ruchette bien préparée : orpheline, suffisamment peuplée en jeunes abeilles, correctement nourrie et avec une libération progressive de la reine. Une cellule royale ou une jeune reine non fécondée constitue une solution intermédiaire, mais demande aussi de la prudence.

Contrôles après la formation

Le premier contrôle doit vérifier que les cadres sont bien couverts, que les réserves sont suffisantes et que la jeune colonie suit la voie prévue pour obtenir une reine.

Si la colonie élève elle-même une reine, les manipulations doivent rester limitées. Les cellules royales ne doivent pas être secouées, refroidies ou abîmées. Le contrôle décisif intervient plus tard, lorsque l’on peut vérifier la présence d’une reine en ponte.

Lien avec le concept varroa

Le nucléus par attirance contient du couvain et peut donc transporter une partie des varroas présents dans les colonies d’origine. En même temps, le prélèvement de couvain peut réduire temporairement la pression varroa dans ces colonies.

Si la jeune colonie élève sa propre reine, une fenêtre favorable peut apparaître lorsque le couvain initial a émergé et avant que le nouveau couvain soit largement operculé. Le traitement éventuel doit toujours être décidé selon l’état réel du couvain, les recommandations SSA/ApiService en vigueur et la notice du médicament vétérinaire utilisé.

Points de vigilance

  • Ne prélever du couvain que dans des colonies fortes, saines et régulières.
  • Veiller à ce que la reine ne puisse pas monter dans les cadres destinés au nucléus : la grille à reine est indispensable.
  • Ne pas laisser les cadres de couvain refroidir pendant les manipulations.
  • Former une ruchette assez peuplée : le couvain doit rester bien couvert après le transfert.
  • Prévoir des réserves suffisantes dès la formation de la jeune colonie.
  • Adapter le volume de la ruchette à la population réelle.
  • Éviter les ouvertures répétées pendant l’élevage ou l’acceptation de la reine.
  • Surveiller le risque de pillage, surtout si la jeune colonie est petite ou nourrie au rucher.

Le nucléus par attirance est une méthode très utile lorsque l’on veut obtenir une jeune colonie bien fournie en abeilles de soin, tout en réduisant le risque de transférer accidentellement la reine. Sa réussite repose sur trois points : du couvain de bonne qualité, une colonie d’attirance très populeuse et un transfert rapide dans une ruchette bien préparée.

6.8 Division avec reine

Ce chapitre présente la division avec reine, qui consiste à transférer la reine avec une partie du couvain, des abeilles et des réserves, puis à suivre la colonie d’origine devenue orpheline.

La division avec reine consiste à former une jeune colonie avec la reine d’une colonie forte, quelques cadres de couvain, des abeilles et des réserves. La colonie d’origine devient orpheline et doit ensuite élever une nouvelle reine ou recevoir une cellule royale, une jeune reine non fécondée ou une reine fécondée.

Cette méthode est utile pour intervenir sur une colonie très forte, parfois déjà en fièvre d’essaimage. Elle permet de créer une jeune colonie rapidement fonctionnelle, tout en obligeant la colonie d’origine à renouveler sa reine ou à accepter une reine choisie.

Dans quelles situations choisir cette méthode ?

La division avec reine convient lorsque la colonie d’origine est forte, saine, bien développée et que sa reine mérite d’être conservée. Elle peut être utilisée au printemps ou au début de l’été, lorsque la colonie dispose d’assez de couvain, d’abeilles et de réserves pour supporter la division.

Elle est aussi indiquée lorsqu’une colonie entre en fièvre d’essaimage. Le retrait de la reine avec une partie des abeilles et du couvain modifie fortement l’équilibre de la colonie, mais ne dispense pas de contrôler ensuite les cellules royales et l’évolution de la colonie d’origine.

Principe de la méthode

La reine est transférée dans une ruchette avec des cadres de couvain bien couverts d’abeilles, des réserves et, si nécessaire, des abeilles supplémentaires. La jeune colonie reste immédiatement fonctionnelle, car elle possède déjà une reine en ponte.

La colonie d’origine devient orpheline. Elle doit alors suivre une voie claire : élever elle-même une nouvelle reine, recevoir une cellule royale, une jeune reine non fécondée ou une reine fécondée. Ce choix influence fortement le délai jusqu’au retour d’une ponte régulière.

Déroulement du travail

  • Choisir une colonie forte, saine et suffisamment populeuse.
  • Préparer une ruchette propre, avec des cadres de nourriture et, si nécessaire, une partition.
  • Trouver la reine et prélever le cadre sur lequel elle se trouve, à condition que ce cadre soit adapté à la formation de la jeune colonie.
  • Ajouter un à trois autres cadres de couvain bien couverts d’abeilles, selon la force de départ souhaitée.
  • Ajouter des cadres de nourriture en quantité suffisante.
  • Secouer ou brosser, si nécessaire, les abeilles d’un cadre supplémentaire afin de compenser le retour éventuel des butineuses à l’ancien emplacement.
  • Veiller à ce que la colonie d’origine conserve des œufs ou de très jeunes larves si elle doit élever elle-même une nouvelle reine.
  • Compléter les espaces laissés dans la colonie d’origine avec des cadres bâtis récents ou des cires gaufrées, selon la saison et la force de la colonie.
  • Déplacer la ruchette sur un emplacement pour jeunes colonies suffisamment éloigné, ou la conduire au même rucher en tenant compte du retour des butineuses.
  • Nourrir la jeune colonie si les réserves sont insuffisantes ou si la miellée ne couvre pas ses besoins.
  • Réduire le trou de vol si la jeune colonie est encore faible ou si les conditions favorisent le pillage.

Gestion de la colonie d’origine

La colonie d’origine doit être suivie avec autant de soin que la jeune colonie. Si elle doit élever elle-même une reine, elle doit disposer d’œufs ou de très jeunes larves. Après quelques jours, elle commencera à élever des cellules royales.

Si la colonie était en fièvre d’essaimage, les cellules royales doivent être gérées clairement. En conserver trop peut conduire à des essaims secondaires. Les supprimer toutes sans solution de remplacement peut prolonger inutilement l’orphelinage. L’objectif est de conduire la colonie vers une nouvelle reine en ponte.

Contrôles après la division

Dans la jeune colonie avec la reine, le premier contrôle sert à vérifier que la reine est toujours présente, que la ponte se poursuit ou reprend, que la population couvre bien le couvain et que les réserves sont suffisantes.

Dans la colonie d’origine, le contrôle dépend de la stratégie choisie. Si elle élève elle-même sa reine, il faut laisser le temps nécessaire à la naissance, à la fécondation et au début de ponte. Une absence de ponte trop précoce ne signifie pas forcément un échec ; une absence prolongée doit en revanche être corrigée rapidement.

Lien avec le concept varroa

La division avec reine modifie la dynamique du couvain dans les deux unités. La jeune colonie conserve du couvain et une reine en ponte, tandis que la colonie d’origine connaît un arrêt de ponte jusqu’à l’installation d’une nouvelle reine.

Cette interruption peut créer une fenêtre intéressante pour la maîtrise du varroa, lorsque le couvain initial a émergé et avant que le nouveau couvain soit largement operculé. Toute intervention doit toutefois être décidée selon l’état réel du couvain, la période, les recommandations SSA/ApiService en vigueur et la notice du médicament vétérinaire utilisé.

Points de vigilance

  • Ne choisir cette méthode que si la reine mérite réellement d’être conservée.
  • Ne pas affaiblir excessivement la colonie d’origine, surtout si la miellée principale est en cours.
  • Veiller à ce que la jeune colonie dispose de suffisamment d’abeilles pour couvrir le couvain après le retour éventuel des butineuses.
  • Assurer assez de réserves dans les deux unités, surtout si la colonie d’origine perd une partie de ses butineuses.
  • Contrôler que la colonie d’origine dispose bien d’œufs ou de très jeunes larves si elle doit élever sa propre reine.
  • Gérer clairement les cellules royales dans la colonie d’origine, surtout si la colonie était en fièvre d’essaimage.
  • Éviter de multiplier automatiquement des colonies trop essaimeuses, agressives ou irrégulières.
  • Adapter le trou de vol et le nourrissement pour limiter le risque de pillage.

La division avec reine est une méthode efficace pour former rapidement une jeune colonie tout en renouvelant la reine de la colonie d’origine. Elle exige toutefois un suivi attentif des deux parties : la nouvelle unité doit rester assez forte pour se développer, et la colonie d’origine doit retrouver une reine en ponte dans un délai raisonnable.

6.9 Division d’une colonie en fièvre d’essaimage

Ce chapitre explique comment transformer une fièvre d’essaimage déjà engagée en formation contrôlée de jeunes colonies, sans multiplier aveuglément les lignées trop essaimeuses.

La division d’une colonie en fièvre d’essaimage consiste à intervenir sur une colonie qui prépare déjà son essaimage. L’objectif n’est pas seulement de supprimer des cellules royales, mais d’utiliser cette dynamique pour former une ou plusieurs jeunes colonies tout en évitant la perte d’un essaim.

Cette méthode peut être efficace, car la colonie dispose souvent de nombreuses abeilles, de couvain abondant et de cellules royales. Elle demande toutefois du discernement : multiplier systématiquement des colonies très essaimeuses peut renforcer ce caractère dans le rucher.

Dans quelles situations choisir cette méthode ?

Cette méthode est indiquée lorsqu’une colonie forte présente des signes clairs de fièvre d’essaimage : cellules royales occupées, forte population, couvain abondant, ralentissement possible de la ponte ou préparation visible au départ d’un essaim.

Elle n’est intéressante que si la colonie possède par ailleurs des qualités que l’on souhaite conserver : douceur, vigueur, bon état sanitaire, développement régulier et bonne adaptation au rucher. Une colonie régulièrement trop essaimeuse, agressive ou médiocre ne devrait pas servir de base de multiplication.

Principe de la méthode

La colonie est divisée en plusieurs unités. La vieille reine peut être placée dans une ruchette avec une partie des abeilles, du couvain et des réserves, tandis que la colonie d’origine conserve une cellule royale sélectionnée. Il est aussi possible de former plusieurs petits nucléi à partir de cadres portant des cellules royales.

Le point essentiel est de donner à chaque unité une voie claire vers une reine : vieille reine, cellule royale bien développée, reine introduite ou possibilité d’élever une reine à partir d’œufs ou de très jeunes larves. Sans stratégie de reine, la division produit vite des unités faibles, orphelines ou difficiles à corriger.

Déroulement du travail

  • Choisir une colonie forte, saine et réellement intéressante à conserver ou à multiplier.
  • Ouvrir la colonie avec précaution et identifier l’état réel de la fièvre d’essaimage : nombre de cellules royales, âge approximatif des cellules, présence de la reine, état de la ponte et force de la colonie.
  • Préparer une ou plusieurs ruchettes avec cadres de nourriture, partitions et cadres bâtis récents ou cires gaufrées.
  • Si la vieille reine est trouvée, former avec elle une petite colonie comprenant suffisamment d’abeilles, du couvain et des réserves.
  • Dans la colonie d’origine, conserver une cellule royale bien placée et bien développée, ou introduire une cellule d’élevage si l’on souhaite mieux maîtriser l’origine génétique.
  • Si plusieurs nucléi sont formés, attribuer à chaque unité au moins un cadre de couvain bien couvert d’abeilles, des réserves et une cellule royale viable ou une solution de remplacement.
  • Éviter de secouer, refroidir ou heurter les cadres portant des cellules royales.
  • Compléter les espaces vides dans la colonie d’origine avec des cadres bâtis récents ou des cires gaufrées, selon la saison et la force restante.
  • Déplacer les ruchettes sur un emplacement pour jeunes colonies suffisamment éloigné, ou adapter la méthode si elles restent au même rucher.
  • Réduire les trous de vol des petites unités et assurer un nourrissement adapté si les réserves ne suffisent pas.

Gestion des cellules royales

Les cellules royales sont l’élément sensible de cette méthode. Elles doivent être manipulées avec beaucoup de prudence : chocs, refroidissement, retournements inutiles ou exposition prolongée peuvent compromettre la future reine.

Il ne faut pas non plus conserver trop de cellules royales dans une même unité, car cela peut conduire à des essaims secondaires. À l’inverse, supprimer toutes les cellules sans solution de remplacement laisse la colonie sans voie claire vers une reine.

Que faire de la vieille reine ?

Si la vieille reine est de bonne qualité, elle peut être placée dans une ruchette avec quelques cadres de couvain, des abeilles et des réserves. Cette unité fonctionne alors comme une division avec reine et permet de réduire fortement la pression d’essaimage dans la colonie d’origine.

Si la reine est âgée, peu performante ou issue d’une colonie que l’on ne souhaite pas conserver, il peut être préférable de viser un renouvellement par cellule royale choisie ou par introduction d’une reine d’élevage.

Contrôles après la division

Les unités avec une reine déjà présente peuvent être vérifiées plus rapidement pour contrôler la ponte, la force et les réserves. Les unités dépendant d’une cellule royale demandent davantage de patience : la reine doit naître, devenir mature, être fécondée, puis commencer sa ponte.

Il ne faut pas conclure trop tôt à un échec. La météo peut retarder la fécondation. Le contrôle décisif consiste à vérifier la présence d’une reine en ponte. Si aucune ponte n’apparaît après le délai attendu, il faut corriger la situation par une reine, une réunion ou une autre mesure adaptée.

Lien avec le concept varroa

La division d’une colonie en fièvre d’essaimage modifie fortement la dynamique du couvain. Les unités sans reine en ponte connaissent un arrêt de ponte pendant que le couvain initial continue à émerger, ce qui peut créer une fenêtre utile dans le concept varroa.

Les cadres de couvain transférés peuvent toutefois contenir des varroas, surtout lorsqu’ils portent du couvain operculé. Chaque unité formée doit donc être suivie comme une colonie à part entière. Toute intervention dépend de l’état réel du couvain, des recommandations SSA/ApiService en vigueur et de la notice du médicament vétérinaire utilisé.

Points de vigilance

  • Ne pas utiliser cette méthode pour multiplier sans réflexion des colonies trop essaimeuses ou médiocres.
  • Décider clairement quelle unité reçoit la vieille reine, quelle unité conserve une cellule royale et quelle unité reçoit éventuellement une reine introduite.
  • Manipuler les cellules royales avec beaucoup de prudence.
  • Ne pas laisser trop de cellules royales dans une même unité afin de limiter le risque d’essaims secondaires.
  • Former des unités assez fortes : chaque ruchette doit disposer de suffisamment d’abeilles pour couvrir le couvain.
  • Assurer des réserves suffisantes et nourrir proprement si nécessaire.
  • Réduire les trous de vol des petites unités pour limiter le risque de pillage.
  • Contrôler plus tard la présence d’une reine en ponte avant de considérer la division comme réussie.

La division d’une colonie en fièvre d’essaimage est une méthode puissante, mais elle ne doit pas être confondue avec une simple réaction d’urgence. Bien conduite, elle permet d’éviter la perte d’un essaim, de former des jeunes colonies et de renouveler des reines. Mal conduite, elle peut multiplier des lignées trop essaimeuses ou produire plusieurs unités faibles.

6.10 Nucléus avec les abeilles des hausses

Ce chapitre présente une méthode qui valorise les abeilles présentes dans les hausses pour former une jeune colonie avec reine introduite, sans prélever de couvain.

Le nucléus avec les abeilles des hausses consiste à utiliser une partie des abeilles présentes dans les hausses pour peupler une ruchette préparée avec nourriture, pollen, cires gaufrées ou cadres récents, et une reine introduite. La méthode est intéressante au moment de la récolte, lorsque certaines colonies sont très fortes et que les hausses contiennent beaucoup d’abeilles.

Cette technique ne prélève en principe pas de couvain. Sa réussite dépend donc surtout de quatre éléments : une quantité suffisante d’abeilles, une reine disponible et de qualité, un nourrissement attentif et un suivi rapide après la formation.

Dans quelles situations choisir cette méthode ?

Cette méthode convient lorsque l’on dispose de colonies fortes, de hausses bien peuplées et d’une reine d’élevage disponible. Elle peut être utilisée autour de la récolte, à condition qu’il reste assez de temps pour que la jeune colonie accepte sa reine, construise, démarre sa ponte et se prépare à l’hivernage.

Elle est surtout utile si l’on souhaite former une jeune colonie sans prélever de couvain dans les colonies de production. Elle n’est pas indiquée si la saison est déjà trop avancée, si les colonies sont affaiblies ou si l’on ne dispose pas d’une reine de qualité.

Principe de la méthode

Une ruchette est préparée avec au moins un cadre de nourriture, si possible un cadre de pollen, plusieurs cires gaufrées ou cadres récents, et une reine encagée placée au centre. Des hausses bien occupées par les abeilles sont ensuite placées au-dessus de la ruchette, souvent à l’aide d’un chasse-abeilles monté de manière à faire descendre les abeilles.

Attirées par la reine et par l’espace préparé, les abeilles descendent progressivement dans la ruchette. Après environ vingt-quatre heures, les hausses sont retirées et la jeune colonie est fermée, déplacée ou placée brièvement en cave selon la conduite choisie.

Matériel et préparation

  • Préparer une ruchette propre, bien fermable et adaptée à la quantité d’abeilles attendue.
  • Prévoir au minimum un cadre de nourriture et, si possible, un cadre de pollen.
  • Compléter avec des cires gaufrées ou des cadres récents.
  • Préparer une reine d’élevage, idéalement fécondée, placée dans une cage à reine adaptée.
  • Prévoir un chasse-abeilles ou un dispositif permettant de faire descendre les abeilles des hausses vers la ruchette.
  • Prévoir un sirop de nourrissement pour soutenir immédiatement le démarrage de la jeune colonie.
  • Adapter le trou de vol afin de limiter le risque de pillage après l’installation.

Déroulement du travail

  • Choisir une ou plusieurs colonies fortes dont les hausses sont bien occupées par les abeilles.
  • Préparer la ruchette avec un cadre de nourriture, un cadre de pollen si possible, des cires gaufrées ou cadres récents, et une partition si le volume doit être réduit.
  • Placer la reine encagée au centre de la ruchette, entre les cadres où les abeilles devront se regrouper.
  • Poser un chasse-abeilles sur la ruchette de manière à permettre aux abeilles de descendre dans la ruchette sans remonter dans les hausses.
  • Placer deux à trois hausses bien peuplées au-dessus du dispositif, selon la quantité d’abeilles souhaitée.
  • Laisser les abeilles descendre pendant plusieurs heures, souvent jusqu’au lendemain.
  • Après environ vingt-quatre heures, retirer les hausses et fermer la jeune colonie.
  • Déplacer la ruchette sur un emplacement pour jeunes colonies suffisamment éloigné, ou la placer une à deux nuits dans un endroit sombre, frais et calme avant de l’installer au rucher.
  • Nourrir immédiatement avec un sirop adapté, en petites quantités si le risque de pillage est élevé.
  • Réduire le trou de vol et surveiller la cohésion de la jeune colonie.

Introduction et acceptation de la reine

La réussite dépend largement de l’acceptation de la reine. Une reine fécondée permet un démarrage plus rapide, mais elle doit être introduite avec prudence. La libération indirecte par cage à reine laisse aux abeilles le temps de s’habituer à son odeur.

Il faut éviter une libération trop rapide si la grappe n’est pas encore bien constituée ou si les abeilles paraissent agitées. Le contrôle doit rester discret jusqu’à ce que la jeune colonie forme une unité cohérente.

Contrôles après la formation

Un premier contrôle bref permet de vérifier que la jeune colonie dispose encore de suffisamment d’abeilles, que les réserves sont présentes et que la reine est acceptée ou en voie de libération. Les ouvertures longues sont à éviter, car la jeune colonie n’a pas encore de couvain stabilisateur ni de population renouvelée.

Le contrôle décisif consiste ensuite à vérifier la présence de ponte. Si la reine est fécondée et acceptée, la ponte peut commencer rapidement. La colonie doit alors être accompagnée par un nourrissement adapté pour soutenir la construction et le premier couvain.

Lien avec le concept varroa

Le nucléus formé avec les abeilles des hausses est en principe sans couvain au départ. Les varroas présents se trouvent donc sur les abeilles adultes, ce qui peut créer une fenêtre favorable avant l’operculation du premier couvain.

Le traitement éventuel doit être choisi selon les recommandations SSA/ApiService en vigueur, l’état réel de la jeune colonie et la notice du médicament vétérinaire utilisé. Cette méthode ne remplace pas le concept varroa global du rucher.

Points de vigilance

  • Ne former ce type de nucléus qu’avec une quantité suffisante d’abeilles : une unité trop faible ne construira pas correctement et acceptera plus difficilement la reine.
  • Disposer d’une reine de qualité au bon moment, idéalement fécondée si la saison est déjà avancée.
  • Prévoir des réserves dès le départ : les abeilles des hausses ne disposent pas nécessairement d’une organisation complète de jeune colonie.
  • Nourrir proprement et avec prudence afin de ne pas déclencher de pillage.
  • Réduire le trou de vol tant que la colonie est petite.
  • Ne pas former ce type de jeune colonie trop tard si elle n’a plus le temps de se développer avant l’hivernage.
  • Vérifier rapidement la présence d’une reine acceptée, puis plus tard la présence de ponte.
  • Ne pas compter sur une production de miel la même année : l’objectif est la constitution d’une colonie viable pour la suite.

Le nucléus avec les abeilles des hausses permet de valoriser une population disponible au moment de la récolte, sans prélever de couvain. Sa limite principale est la dépendance à une reine disponible, à une quantité suffisante d’abeilles et à un nourrissement attentif pendant toute la phase de démarrage.

6.11 Petit nucléus de réserve

Ce chapitre décrit le petit nucléus de réserve comme une unité stratégique destinée à sécuriser la conduite des reines et à offrir une marge de manœuvre au rucher.

Le petit nucléus de réserve est une jeune unité de petite taille, destinée avant tout à sécuriser la conduite du rucher. Il peut servir de réserve de reine, de colonie d’appoint, de solution de remplacement en cas de perte de reine ou de base pour renforcer une autre colonie plus tard dans la saison.

Cette méthode ne vise pas à créer immédiatement une colonie de production. Son intérêt principal est la souplesse : disposer d’une petite unité vivante, avec une reine ou une cellule royale, peut éviter de devoir acheter une reine en urgence ou de laisser une colonie orpheline trop longtemps.

Dans quelles situations choisir cette méthode ?

Le petit nucléus de réserve est utile lorsque l’on souhaite disposer de reines de secours ou de petites unités de réserve pour la suite de la saison. Il peut être formé au printemps ou au début de l’été, lorsque les colonies d’origine sont fortes et qu’il reste assez de temps pour que la petite unité se stabilise.

Il est particulièrement intéressant pour les ruchers où la perte d’une reine, une mauvaise fécondation ou un problème d’orphelinage peut rapidement compromettre une colonie. Une petite réserve bien conduite donne alors une marge de manœuvre précieuse.

Principe de la méthode

Le principe consiste à former une petite unité avec un volume réduit, quelques abeilles, un peu de couvain ou une cellule royale, des réserves et, selon la variante, une reine introduite. Cette unité doit être assez petite pour être facile à gérer, mais assez forte pour maintenir sa chaleur, nourrir le couvain, défendre son trou de vol et se développer.

Le petit nucléus peut être formé dans une ruchette, une mini-ruche ou un système adapté à l’élevage et à la conservation de jeunes reines. Plus le volume est petit, plus le suivi doit être précis : nourriture, température, population et risque de pillage deviennent déterminants.

Déroulement du travail

  • Choisir une ou plusieurs colonies d’origine fortes, saines et calmes.
  • Préparer une petite ruchette ou une mini-ruche propre, avec un volume adapté à la quantité d’abeilles prévue.
  • Introduire un petit cadre de couvain bien couvert d’abeilles, ou une quantité suffisante de jeunes abeilles selon le système utilisé.
  • Ajouter un cadre de nourriture ou une réserve adaptée au format choisi.
  • Prévoir un apport de pollen ou un cadre de pollen si le système et la saison le permettent.
  • Introduire une cellule royale, une jeune reine non fécondée ou une reine fécondée, selon l’objectif du nucléus.
  • Réduire fortement le trou de vol, car les petites unités se défendent mal contre le pillage.
  • Installer le nucléus sur un emplacement adapté, idéalement avec une orientation claire pour faciliter le retour de la jeune reine après le vol de fécondation.
  • Nourrir avec prudence, en petites quantités, afin de soutenir la colonie sans provoquer de pillage.

Gestion de la reine

Le petit nucléus de réserve peut recevoir une cellule royale, une jeune reine non fécondée ou une reine fécondée. Si une cellule royale est utilisée, elle doit être manipulée avec prudence et introduite dans une unité suffisamment peuplée pour maintenir la chaleur et assurer les soins nécessaires.

Si une jeune reine non fécondée est introduite, la réussite dépend de la météo, de la présence de faux-bourdons matures et de la capacité de la reine à retrouver son nucléus après le vol de fécondation. Une orientation bien visible du trou de vol peut aider à limiter les erreurs de retour.

Si une reine fécondée est utilisée, la petite unité devient rapidement disponible comme réserve de reine. L’introduction doit toutefois rester prudente : même dans un petit volume, une reine peut être rejetée si les abeilles sont mal préparées, trop âgées, affamées ou perturbées.

Contrôles après la formation

Le premier contrôle doit être très bref. Il s’agit de vérifier que la population reste suffisante, que les réserves sont présentes et que la reine, la cellule royale ou la jeune reine introduite est acceptée. Dans un petit volume, les ouvertures répétées refroidissent rapidement l’unité et peuvent perturber son équilibre.

Le contrôle décisif consiste à vérifier la présence d’une reine en ponte. Si la fécondation échoue ou si la reine disparaît, la petite unité s’affaiblit vite. Il faut alors décider rapidement si elle doit recevoir une nouvelle reine, être réunie avec une autre colonie ou être dissoute.

Utilisation du nucléus de réserve

Une fois stabilisé, le petit nucléus peut être utilisé de plusieurs manières. Il peut fournir une reine à une colonie orpheline, être réuni avec une colonie qui doit être renforcée, servir de base à une ruchette plus grande ou être conservé comme réserve jusqu’à l’automne si sa force et son format le permettent.

Il ne faut toutefois pas surestimer une petite unité. Si elle doit hiverner, elle doit être suffisamment forte, bien nourrie, correctement resserrée et adaptée au système utilisé. Dans de nombreux cas, un petit nucléus est surtout un outil de saison, destiné à sécuriser la conduite des reines plutôt qu’à devenir directement une colonie de production.

Lien avec le concept varroa

Le lien avec le varroa dépend de la composition du petit nucléus. S’il contient du couvain operculé, il peut aussi contenir des varroas. S’il est formé principalement avec des abeilles et une reine ou une cellule royale, il peut connaître une période sans couvain operculé, utile pour une intervention ciblée.

Comme les petites unités disposent de peu de marge, le suivi sanitaire doit être précis. Toute intervention contre varroa doit être décidée selon l’état réel du couvain, la force de l’unité, les recommandations SSA/ApiService en vigueur et la notice du médicament vétérinaire utilisé.

Points de vigilance

  • Ne pas former un nucléus trop faible : une petite unité doit rester capable de maintenir sa chaleur et de se défendre.
  • Adapter strictement le volume à la quantité d’abeilles.
  • Prévoir assez de nourriture, mais nourrir proprement et en petites quantités pour éviter le pillage.
  • Réduire le trou de vol tant que l’unité est petite.
  • Ne pas ouvrir trop souvent, surtout pendant l’acceptation, la naissance ou la fécondation de la reine.
  • Contrôler la présence d’une reine en ponte avant d’utiliser le nucléus comme réserve fiable.
  • Ne pas utiliser de couvain ou d’abeilles provenant de colonies faibles, agressives ou douteuses.
  • Décider tôt de l’utilisation finale du nucléus : réserve de reine, renforcement, réunion ou hivernage.

Le petit nucléus de réserve est un outil stratégique plutôt qu’une méthode de production. Bien conduit, il donne de la sécurité au rucher, facilite le remplacement des reines et permet de réagir rapidement aux pertes ou aux échecs de fécondation. Sa réussite dépend surtout de l’équilibre entre petit volume, population suffisante, nourriture disponible et suivi attentif.

7 Suivi des jeunes colonies après leur formation

Ce chapitre précise les contrôles essentiels après la formation d’une jeune colonie : reine, réserves, développement, pillage, varroa et préparation de l’hivernage.

La formation d’une jeune colonie ne s’arrête pas au moment où la ruchette est constituée. Les semaines suivantes sont décisives, mais les contrôles doivent rester proportionnés : vérifier les points essentiels au bon moment, sans déranger inutilement la colonie.

Point à suivre Ce qu’il faut vérifier Point de vigilance
Reine et ponte Vérifier si la jeune colonie a une voie claire vers une reine en ponte : reine introduite acceptée, cellule royale, jeune reine en fécondation ou ponte déjà présente. Ne pas conclure trop tôt à un échec. Une reine issue d’une cellule royale doit naître, se faire féconder et commencer sa ponte.
Nourriture Contrôler les cadres de nourriture, la disponibilité en pollen et la nécessité d’un nourrissement de soutien. Nourrir proprement, éviter les coulures de sirop et intervenir plutôt le soir si le risque de pillage est élevé.
Volume de la ruchette Adapter l’espace à la population réelle : assez resserré pour garder la chaleur, mais pas trop limité lorsque la colonie se développe. Une ruchette trop grande ralentit le démarrage. Une partition permet d’ajuster progressivement le volume.
Couvain Observer l’aspect du couvain dès que la reine pond : régularité, extension, présence d’œufs et cohérence avec l’âge de la colonie. Un couvain lacunaire, une ponte uniquement de mâles ou une absence persistante d’œufs doivent être analysés sans précipitation.
Varroa Intégrer chaque jeune colonie au concept varroa du rucher, en tenant compte de la présence réelle de couvain et de la méthode utilisée. Le traitement éventuel doit respecter les recommandations SSA/ApiService en vigueur et la notice du médicament vétérinaire utilisé.
Pillage Surveiller l’activité au trou de vol, surtout après nourrissement, en période de disette ou avec de petites unités. Réduire le trou de vol, éviter les ouvertures prolongées et ne pas laisser de cadres ou de sirop accessibles.
Transfert en ruche Transférer la jeune colonie lorsqu’elle occupe bien son volume, que la reine pond régulièrement et que la population augmente. Ne pas transférer trop tôt dans un volume excessif, ni trop tard lorsque la colonie manque déjà de place.
Hivernage Évaluer si la colonie est assez forte, saine, bien nourrie et correctement resserrée pour passer l’hiver. Une jeune colonie formée tardivement doit être évaluée avec réalisme : réunion ou renforcement peuvent être préférables à un hivernage incertain.
Suivi écrit Noter la date de formation, la méthode, l’origine de la reine, les contrôles de ponte, les nourrissements et les interventions varroa. Ces notes facilitent la sélection, l’évaluation des méthodes et les décisions de conduite pour la saison suivante.

Erreurs fréquentes à éviter

  • Former une jeune colonie trop faible ou l’installer dans un volume trop grand.
  • Ouvrir trop souvent pendant l’élevage royal, la fécondation ou l’acceptation d’une reine.
  • Conclure trop tôt à un échec de fécondation sans tenir compte de la météo et du calendrier biologique.
  • Laisser la jeune colonie manquer de nourriture pendant les premières semaines.
  • Nourrir de manière à provoquer du pillage.
  • Oublier d’intégrer la jeune colonie dans le suivi varroa.
  • Attendre trop longtemps avant de réunir ou corriger une jeune colonie qui ne se développe pas.

Le suivi après formation décide souvent du succès réel de la méthode. Une jeune colonie bien constituée peut échouer si elle manque de nourriture, si la reine n’est pas contrôlée au bon moment ou si le varroa est négligé.

8. Que faire des jeunes colonies ?

Ce chapitre montre comment valoriser les jeunes colonies après leur formation : remplacement, réserve, changement de reine, renforcement, réunion ou sélection.

Une jeune colonie n’a pas toujours la même fonction. Elle peut devenir une future colonie de production, servir de réserve de reine, remplacer une colonie perdue, renforcer une colonie affaiblie ou être réunie avec une autre unité. Sa valeur dépend surtout de son état quelques semaines après la formation : reine en ponte, population suffisante, réserves, santé et potentiel d’hivernage.

Utilisation possible Quand l’envisager ? Point de vigilance
Remplacer une perte La jeune colonie est forte, saine, avec une reine en ponte et un couvain régulier. Ne pas promouvoir une colonie faible ou douteuse pour masquer un problème plus profond du rucher.
Conserver une colonie de réserve La jeune colonie peut passer l’hiver et servir au printemps suivant pour remplacer, renforcer ou constituer une colonie de production. Elle doit être assez forte, bien nourrie, correctement resserrée et intégrée au concept varroa.
Remplacer une reine défaillante La jeune colonie possède une bonne reine et peut être réunie avec une colonie dont la reine n’est plus satisfaisante. Décider clairement quelle reine conserver avant toute réunion.
Renforcer une colonie faible mais saine La colonie receveuse mérite d’être conservée, mais manque de population après un affaiblissement ponctuel. Ne pas renforcer une colonie chroniquement faible, malade, agressive ou mal adaptée.
Réunir avec la colonie d’origine L’objectif initial était surtout la prévention de l’essaimage, l’arrêt de ponte ou la constitution temporaire d’une réserve. La réunion doit être préparée pour éviter une situation confuse ou la perte d’une reine intéressante.
Servir de réserve de reine Une petite unité saine avec une reine en ponte peut sécuriser le rucher en cas d’orphelinage, d’échec de fécondation ou de remplacement urgent. Avant utilisation, vérifier la ponte, l’aspect du couvain, le comportement des abeilles et l’absence de signes sanitaires inquiétants.
Écarter ou réunir une unité sans avenir La jeune colonie est trop faible, durablement orpheline, mal fécondée ou incapable de se développer. En cas de doute sanitaire, ne pas transférer cadres, abeilles ou reine vers d’autres colonies.

Points de vigilance

  • Ne pas conserver une jeune colonie uniquement parce qu’elle existe : elle doit avoir une fonction claire.
  • Vérifier la présence d’une reine en ponte avant d’utiliser une ruchette comme réserve fiable.
  • Ne pas renforcer une colonie faible si la cause de sa faiblesse est sanitaire ou génétique.
  • Décider quelle reine conserver avant toute réunion.
  • Ne pas hiverner des unités trop faibles sans perspective réaliste.
  • Intégrer toutes les jeunes colonies, même les petites réserves, au suivi varroa.
  • Éviter de diffuser des cadres, des abeilles ou des reines provenant d’unités douteuses.
  • Utiliser les jeunes colonies comme outil de sélection, et non comme simple augmentation du nombre de ruches.

Une jeune colonie réussie est une ressource stratégique. Elle donne de la souplesse au rucher, permet de remplacer les pertes, de renouveler les reines, de renforcer les bonnes colonies et d’écarter plus facilement les unités faibles. Son utilisation doit rester sélective : le but est de construire un cheptel plus stable, plus sain et mieux adapté.

Retour à la partie 1

1. Vue d’ensemble des principales méthodes
2. Pourquoi former de jeunes colonies ?
3. Quelle méthode choisir ?
4. Les décisions à clarifier avant d’agir
5. Règles communes à toutes les méthodes
6. Les méthodes en détail
6.1 Essaim naturel
6.2 Essaim artificiel
6.3 Essaim artificiel avec reine
6.4 Formation de jeunes colonies avec couvain
6.5 Nucléus avec couvain regroupé

 

Séléciton de sources 

Gasser, W. (2009). Ablegerbildung – Jungvolkbildung. VDRB, Pflichtthema 2009, Imkergrundkurs, Ausbildungsordner chapitre 3.4.

Hummel, R., & Feltin, M. (2015). Créer de nouvelles colonies dans son rucher. Syndicat des apiculteurs de Thann et environs.

L’apiculture, une fascination. (2014). Édition SAR, volume 1.

SSA/ApiService. Aide-mémoire et concept d’exploitation. Documents pratiques relatifs à la formation de jeunes colonies, à la conduite du rucher et au concept varroa. Les versions actuelles doivent être consultées avant toute application pratique.

SSA/ApiService. 1.4. Aperçu méthodes de formation de jeunes colonies. Aide-mémoire sur la formation de jeunes colonies et l’effet des périodes sans couvain sur la prolifération du varroa.

SSA/ApiService. 1.4.2. Essaim artificiel, 1.4.3. Essaim artificiel avec reine, 1.4.4. Formation de jeunes colonies avec couvain, 1.4.4.1. Nucléus avec couvain regroupé, 1.4.5. Nucléus de mi-journée, 1.4.6. Essaims naturels, 1.4.7. Division d’une colonie en fièvre d’essaimage. Versions actuelles disponibles sur abeilles.ch.

Notices officielles des médicaments vétérinaires utilisés contre varroa. Les indications de la notice du produit utilisé doivent toujours être respectées.

Auteur
Serge Imboden; Claude Pfefferlé et Gianluca Gatti
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