Varroa ne se nourrit pas de sang
Varroa pompe l’hémolymphe des abeilles, c’est bien connu. Bien connu mais, semble-t-il (largement) faux.
Des chercheurs Etats-Uniens ont été intrigués par l’ampleur de l’impact de varroa sur la santé de l’abeille, en regard de la quantité relativement modique d’hémolymphe qu’il y prélève. Comme l’hémolymphe des insectes est relativement plus pauvre en nutriments que le sang des mammifères, ils se sont demandé comment le parasite pouvait se développer avec cette ressource.
L'étude de l’anatomie des pièces buccales de l’acarien et de la structure de son tube digestif, laissent à penser qu’il s’alimente plutôt sur des tissus semi-solides que sur des fluides, et qu'il les prédigèrerait avant de les ingurgiter. En injectant sa salive dans les tissus de l’abeille, les enzymes contenues dans la salive permettraient de pré-digérer les tissus avant de les absorber. La composition des excréments de varroa montre que son alimentation est particulièrement riche en protéines, et que le contenu en eau en est limité. Toutes ces observations ne paraissent pas compatibles avec une alimentation à base d’hémolymphe.
L’hypothèse des chercheurs a donc porté sur un tissu semi solide, riche en graisse et en protéines, et facilement accessible à l’acarien : les corps gras. Ceux-ci sont disséminés de façon diffuse sur le corps de la larve, tandis qu'ils sont localisés principalement sur les faces ventrales et dorsales de l’abdomen des pupes ayant atteint le dernier stade nymphal, et des adultes. Ces constatations expliquent que l’acarien ne montre pas de préférence lorsqu’il s’alimente sur la larve et la nymphe jeune, mais qu’il se positionne préférentiellement entre les segments abdominaux sur l’abeille adulte.
Une étude détaillée par microscopie, effectuée sur des varroas se nourrissant sur l’abeille, a permis de constater la dégradation du corps gras à hauteur de la morsure, avec des traces de digestion externe. Pour confirmer leurs constatations, les chercheurs ont marqué des abeilles avec deux colorants fluorescents : le rouge Nil est un colorant lipophile (attiré par les substances grasses) et qui marque préférentiellement les corps gras ; l’uranine, qui marque spécifiquement les substances aqueuses, diffuse préférentiellement dans l’hémolymphe. Après avoir infesté ces abeilles avec des varroas, ils ont attendu que ces derniers se nourrissent, et ils ont réalisé des images de la fluorescence interne des acariens. Et ceux-ci sont apparus colorés en rouge.
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Images des tissus de l’abeille et d’un varroa sans colorant (première colonne), et avec coloration à l’uranine (colonne 2), au rouge Nil (colonne 3) et avec les deux colorants (colonne 4). Les tissus représentés sont le tube digestif de l’abeille, un échantillon de sang, un autre de corps gras, et enfin un varroa qui vient de s’alimenter sur une abeille sans colorant, ou imprégnée d’une des colorations. On voit que le varroa n’apparaît quasiment pas coloré à l’uranine (N) alors que l’hémolymphe prend bien ce colorant (F, H); mais qu’il est bien coloré par le rouge Nil (O,P) qui colore aussi les corps gras (K,N). |
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Les chercheurs ont ensuite soumis des acariens à six régimes différents : jeûne total, ou aliments composés d’hémolymphe et de corps gras en proportions de 100/0, 75/25, 50/50, 25/75 et 0/100. Les varroas nourris uniquement d’hémolymphe ont montré des performances (durée de vie et fécondité) qui n’étaient guère supérieures à celles des varroas jeûnant. Ces performances allaient en augmentant avec la proportion de corps gras dans l’alimentation.
Il semble donc bien démontré que le varroa s’alimente à partir des corps gras de l’abeille et non de son hémolymphe.
Ceci explique notamment le constat, fait dans une autre étude (Xie et al. 2016), que les varroas phorétiques ont une préférence marquée pour les abeilles nourrices, et que leur descendance est mieux assurée si leur hôte intermédiaire est effectivement une nourrice.
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Voir aussi
- La salive du varroa et ses effets sur l’abeille
- Varroa destructor
- L’infestation par les acariens Varroa a un impact majeur sur l’abeille
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