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Ce que les colonies sauvages nous enseignent

La varroose favorise la dérive, un mécanisme qui s’explique par le fait que les abeilles des colonies fortement infestées perdent la spécificité du profil chimique cuticulaire et la précision de l’orientation. Que pouvons nous apprendre des colonies sauvages ?

Ce que les colonies sauvages nous apprennent sur le varroa et la conduite apicole

Cet article analyse pourquoi certaines colonies sauvages ou férales d’abeilles mellifères parviennent à survivre plusieurs années en présence de Varroa destructor, alors que des colonies domestiques non traitées s’effondrent généralement. L’auteur montre que cette survie ne repose pas sur une génétique « miraculeuse », mais sur un mode de vie particulier.

Des études menées en Europe (Gotland, Avignon) et aux États-Unis (forêt d’Arnot, État de New York) indiquent que la reproduction du varroa est significativement réduite dans les colonies non traitées vivant à l’état sauvage. Le taux de succès reproductif de l’acarien y est inférieur d’environ 30 % à celui observé dans les ruchers conventionnels. Aucun mécanisme unique, comme le comportement VSH, ne permet toutefois d’expliquer systématiquement ce phénomène.

Deux facteurs écologiques majeurs sont mis en évidence. Premièrement, les colonies sauvages occupent des cavités de faible volume (environ 40 à 45 litres). Elles restent donc plus petites, produisent moins de couvain de mâles et essaiment plus fréquemment. L’essaimage exporte une partie des varroas et introduit des pauses de couvain qui freinent la dynamique parasitaire.

Deuxièmement, ces colonies sont très dispersées dans l’espace. Dans la nature, la distance entre colonies est généralement de 700 m à 1 km, avec une faible densité. À l’inverse, les ruchers concentrés favorisent la dérive et le pillage, principaux vecteurs de transmission du varroa. Des études montrent que dans des ruchers alignés, jusqu’à 40 % des abeilles peuvent provenir de colonies voisines.

Le varroa accentue encore ces phénomènes : une infestation élevée perturbe l’orientation des abeilles et modifie leur profil chimique cuticulaire, facilitant leur acceptation par d’autres colonies. La varroose devient ainsi un problème à l’échelle du rucher, voire du paysage.

L’auteur insiste sur une mise en garde essentielle : la survie de colonies sauvages ne signifie ni que les abeilles « s’adaptent » naturellement au varroa, ni que les traitements peuvent être abandonnés. Les conditions écologiques de ces colonies ne sont pas compatibles avec une apiculture de production.

Conclusion : les colonies sauvages nous enseignent que la gestion du varroa dépend fortement de la taille des colonies, de leur dynamique et de leur densité. Pour l’apiculture, cela implique de limiter la dérive, de réfléchir à l’organisation des ruchers et de considérer le varroa comme un problème collectif. Le traitement reste indispensable.
 

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Auteur
Janine Kievits, La Santé de l'Abeille No 284, avril 2018
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