De la contagion des loques
De la contagion des loques – mécanismes, risques et rôle de l’apiculteur
La loque américaine est une maladie grave et hautement contagieuse du couvain, provoquée par la bactérie Paenibacillus larvae. Celle-ci existe sous deux formes : le bacille, forme active de multiplication dans la larve, et la spore, extrêmement résistante, capable de survivre pendant des dizaines d’années. Quelques dizaines de spores suffisent à contaminer une larve saine.
La contamination des larves se fait par l’ingestion de nourriture contenant des spores. Celles-ci germent dans l’intestin, les bacilles se multiplient, envahissent l’organisme et provoquent la mort de la larve. Lors du dessèchement de la larve morte, chaque bacille se transforme en spore, générant des millions d’unités infectieuses. Le bacille assure la multiplication, la spore assure la dissémination et la persistance.
Une ruche contaminée n’est pas forcément malade. L’apparition des symptômes dépend de la charge en spores et de la vigueur de la colonie. Des colonies fortes peuvent rester asymptomatiques malgré une contamination faible, alors qu’un affaiblissement (varroa, disette, stress) peut déclencher la maladie. La loque peut donc rester latente.
Le principal mode de contamination naturelle est le pillage. Dans une ruche loqueuse, les cadres de couvain et de miel sont fortement contaminés. Lorsqu’une colonie est pillée, les abeilles pillardes transportent de grandes quantités de miel contaminé vers leurs propres ruches. À l’inverse, la contamination par les fleurs via les butineuses est marginale.
Les pratiques apicoles constituent toutefois le vecteur majeur de dissémination. Les situations à risque élevé sont :
– l’absence de désinfection des outils entre ruches,
– l’échange de cadres de couvain ou de miel,
– la récupération de matériel sans examen ni désinfection,
– l’absence de quarantaine des essaims,
– l’essaimage artificiel à partir de cadres contaminés.
Le moment le plus critique est la récolte du miel. Le brassage des cadres entre hausses et ruches, lors de l’extraction, peut diffuser les spores d’une seule ruche loqueuse à l’ensemble du rucher. Le léchage des hausses et le nourrissement au miel sont formellement proscrits.
Les antibiotiques ne constituent pas une solution. Ils détruisent les bacilles mais pas les spores, masquent les symptômes et favorisent la dissémination. La loque américaine est une maladie réglementée qui doit être déclarée et gérée par des mesures sanitaires strictes.
Conclusion : la loque se propage avant tout par le pillage et par des erreurs humaines. La rigueur sanitaire de l’apiculteur est la clé de la prévention.
Voir aussi :
- Aide-mémoire : 2.1 Loque américaine
- Aide-mémoire : 2.2 Loque européenne
- Guide de la santé de l'abeille




